Un ciel chaotique - chapitre 1

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Un ciel chaotique - chapitre 1

Message par Iza Borkine le Ven 29 Avr - 16:25

Installés confortablement sur la terrasse d'une des plus hautes tours, Magda et moi contemplons la vue imprenable sur la cité. 


Les bâtiments de pierre et de béton prennent une teinte superficielle au fur et à mesure où les néons remplacent la clarté du jour. Les rues et avenues marquent le paysage de lignes plus ou moins épaisses. La courbe ample et voluptueuse du fleuve trace un sillon luisant. Les sons montent difficilement jusqu'à nous. On ne perçoit qu'un faible grondement de klaxons et de bruits de moteurs.


La ville s'offre.


Quant au ciel, il est régulièrement traversé par divers engins incongrus. Des plats, des longs, des étriqués, des tout allongés, des bleus, des jaunes fluo, des rayés ou à pois. Une vraie cacophonie de formes et de couleurs. Une immense interface arc-en-ciel. Je me rends compte que ce tableau a un effet apaisant sur mon anxiété chronique et mon éternel pessimisme. Ces dernières semaines ont même été sacrément chaotiques. J'ai pas mal cogité sur tout et encore plus. Sur mon avenir professionnel, sur mon célibat qui se prolonge suite à une rupture douloureuse, sur ma timidité irrépressible, sur mon manque de motivation en général. Bref, sur la vie. La pression que je sens peser sur mes épaules a des répercussions incontestables sur mon corps. Quand ce n'est pas l'estomac, c'est la tête ou le dos. Je jongle entre ces différentes parties de mon anatomie. Cette sortie imprévue me permet de faire une pause.


Notre admission dans l'antre de la haute technologie a été possible grâce aux contacts de Magda, ma voisine et amie. Elle connaît bien les ingénieurs et scientifiques de Dronix, l'une des sociétés les plus en vue dans le secteur de la construction aéronautique.


Bien que le ciel soit constellé de nuages, il fait encore doux pour ce premier jour de septembre. J'ai lâché mes révisions et accepté l'invitation de dernière minute car Magda m'a promis un spectacle des plus inattendus. Je ne sais rien de ce qu'elle me réserve mais je lui fais confiance. Si elle a jugé bon de me détourner provisoirement de mes études, c'est que cela en vaut la peine.


Pour l'heure, une nuée de machines à la voilure étincelante débouchent sur notre gauche. Nous les regardons passer, Magda avec un sourire et moi avec une grimace. Ils disparaissent aussi vite qu'ils sont apparus. Ne reste dans leur sillage qu'un faible bourdonnement qui meure peu à peu.


- Sûrement une convention de prévue ! », me dit Magda. C'est la troisième cette semaine. Cette fois-ci se sont les mangas-streamers, une nouvelle communauté. Il parait qu'ils seront plus de huit millions à se connecter. Impressionnant, non ?


- Impressionnant, réponds-je d'une voix atone. Mais, ce serait encore plus incroyable si je savais ce qu'étaient des mangas-streamers.


Elle éclate d'un rire très sonore :


- Ah oui, vu sous cet angle, je comprends mieux ton peu d'emballement.


Tout en rajustant ses lunettes, elle poursuit :


- Alors, pour faire simple, ce sont des adeptes de mangas qui organisent régulièrement ce qu'ils appellent des conventions. Ces rassemblements ont lieu partout dans le monde. Ceux qui n'y assistent pas physiquement peuvent suivre en direct tout ce qui s'y passe. Ils ont les informations en flux continu. Ça répond à ta question ?


Je fais une légère moue.


- Oui, oui. Mais, je trouve quand même qu'il y a un peu trop de machins volants dans nos cieux depuis quelques mois. Plus ça va, plus on se croirait dans un jeu. Tout à l'air virtuel. Toi, tu es aiguilleur du ciel. C'est ton quotidien. Moi, toute cette hyper technologie me fait peur. J'ai l'impression que l'être humain perd toute notion de réalité au profit d'un monde fait de superficialité et de il-nous-faut-toujours-plus-de-n'importe-quoi.


Elle répond du tac au tac :


- Dans un sens, tu n'as pas tort. Les airs ressemblent à une autoroute. Mais sans elle, je serais encore à chercher du boulot comme ingénieur - suite à la fermeture de ma société - et à m'entendre répéter que mon appartenance au presque troisième âge est un handicap. Comme si à cinquante-trois ans, toute vie professionnelle était terminée et qu'on était bon à finir à la poubelle.


Elle marque une pause puis, d'un ton qui n'accepte plus d'objection, elle ajoute :


- Quand j'ai postulé chez ToolKit and Co, on ne m'a parlé que de mes compétences. Pas de mon âge. Ils ont eu l'intelligence de me faire confiance. J'ai en plus eu la chance d'arriver peu de temps après que le trafic aérien se soit ouvert à la concurrence et au secteur privé. Donc, en ce qui me concerne, toute cette nouvelle technologie est positive. Elle m'a permis d'apprendre un métier qui me passionne.


- Ok, tu marques un point. Sans les robots, tu serais encore au chômage. Mais, si ça ne tenait qu'à moi, je limiterais quand même leur nombre et certaines utilisations...
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Iza Borkine

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Date d'inscription : 06/03/2015

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