Le Paradis des Louves

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Le Paradis des Louves

Message par Katewagner le Jeu 30 Oct - 19:08

Bonjour, 
J'ais toujours autant de mal à parler de mon livre Le Paradis des Louves. Comme je n'aime pas trop les étiquettes (qui se décollent de toutes façons avec la sueur) je suis servie, ce n'est pas vraiment un thriller et pas vraiment un policier.

Je vous fais un petit résumé pour voir:

"Meurtrière depuis peu, mais passionnée depuis toujours, ma flûte de champagne est toujours prête à fêter la fin d’un emmerdeur."
Amélia supporte difficilement les autres êtres humains. Dans Aile Ouest nous faisions la connaissance, dans des conditions macabres, de cette jeune fille prête à tout pour assouvir ses obsessions.


Elle nous plonge dans son inquiétant quotidien, retraçant au passage une partie de sa vie, de ses angoisses et de ses relations difficiles avec le genre humain. Au fil de ses multiples rencontres et déménagements, elle tente malgré tout de trouver sa place dans ce monde qui ne semble pas prêt à l’accueillir.  Dans ce roman, qui peut se lire aussi indépendamment du premier, l'auteure développe la personnalité de cet ange noir et dévoile certains aspects insoupçonnés de son esprit.

J'ais une écriture assez personnelle souvent mordante et ironique (je ne le fais pas exprès). Ma plus grande satisfaction comme réaction de lecteurs, c'est lorsqu'ils me disent qu'ils n'ont pas pu lâcher le livre. Le pire pour moi serait que quelqu'un s'endorme dessus!!

Un petit extrait vous donne le ton: Je m’appelle Amélie Wanderbourg. Je suis née dans le Nord. Et je n’y ai jamais eu froid.
La vie m’a mise rapidement sous la tutelle de Perrault, mais j’ai tiré la langue aux fées qui s’étaient par inadvertance penchées sur mon berceau.
Mes parents m’ont toujours confondue avec la belle au bois dormant. J’étais belle et dormante. Pour eux, après le bébé en dentelle, être la meilleure élève et être la copie conforme d’une poupée de porcelaine sagement assise dans sa vitrine était le but ultime de l’éducation parfaite. J’ai appris très tôt les feintes les plus classiques pour éviter l’étouffement.
Des habits normaux dans un sac pour la transformation en fille normale, dans les vestiaires de l’école. Enlever ces sales rubans en satin bleu. Des devoirs à faire chez des copines et des fins de semaine délicieusement hors de chez moi, invitée par des parents généreux. Ma préférence allait vers les familles modestes où l’on comptait les tranches de pain au repas du soir. J’adorais cette tension que l’on sentait dans leur cuisine bon marché. Celle des fins de mois difficiles, les restes de nourriture de la veille accommodés au mieux, et des habits maintes fois recousus. Je faisais comme ma copine qui coupait ces tubes de crème pour récupérer les quantités extravagantes qui se cachent au fond. Cela me valait le respect de nos femmes de ménage. Si elle avait pu voir cela, ma mère en aurait fait une crise cardiaque, les lèvres pincées de dégoût.
Je suis devenue, très jeune, la reine de la dissimulation, et j’étais vraiment douée. Une double vie de résistance à la langueur guimauvienne. Un bon début de carrière.
 
J’étais, sans effort, la première depuis la maternelle et je le suis restée tout le long de mes études. La chouchoute de tous ou presque. Les élèves ne jalousaient pas les professeurs comme on peut s’y attendre en temps normal, ni inversement. Je distribuais les gentillesses et les sourires dans les deux camps, avec une indifférence polie. Mes vices n’étaient nullement visibles et personne n’aurait admis être manipulé par une petite figurine de faïence aux yeux verts. J’avais une cour bien garnie. Filles et garçons. J’étais très belle et suscitais déjà des vocations de princes charmants autour de moi.
Mais je trouvais les garçons idiots, la salive aux lèvres. La plupart des filles me semblaient assommantes et soumises, toujours la poitrine gonflée d’histoires ridicules et enfantines. Elles souriaient béatement lorsque, par malheur, ma mère les invitait pour le goûter. La corvée du goûter. Je me mordais l’intérieur des joues pour ne pas hurler devant leurs mines réjouies et leurs envies d’avoir une maman semblable à la mienne et si fantastique.
Une maman de conte de fées, disaient ces nigaudes en s’extasiant devant notre demeure les pieds dans l’eau de rose.
 
Je n’apprenais rien en classe et me contentais de régurgiter les connaissances inutiles demandées. Des études de larve. Je suçais des petits comprimés de caféine pour ne pas m’endormir en cours. J’étais entourée de personnes stupidement ennuyeuses.
Un seul professeur, en troisième, m’a évitée le plus possible. Il réagissait comme si j’étais un inspecteur d’académie permanent. Dommage, c’était le plus intéressant. Il était grand et anormalement maigre. Le teint très pâle. Un cousin de Tim Burton. Ses lunettes cerclées en or et ses cheveux gris frisés lui donnaient un côté chercheur dingue. J’adorais la perversité discrète de son intelligence. Lui avait peur de moi. J’étais son ange noir.
 
J’attendais avec une impatience démentielle la fin de cette torture quotidienne. Les années passaient trop lentement. J’avais du mal à croire les personnes qui prétendaient que le temps semble s’accélérer avec l’âge. J’étais comme une mouche collée à son ruban toxique. Aux yeux de mes parents je ne grandissais pas et la seule chose qui m’accaparait vraiment l’esprit était, dans une attente triste, qu’ils s’intéressassent enfin à moi.
 
J’ai eu trop de bonbons, trop de cadeaux, trop de fêtes, trop de tout pour masquer un rien d’amour. Mes parents s’aimaient à deux. Entre eux, ma place était trop petite pour que je pusse même respirer. Mon oxygène s’est rouillé. Toute ma tête s’est rouillée.
J’étais une belle poupée solitaire et trop sage. Une poupée idéale dans leur décor idéal.
 
J’ai tué mes parents le jour de mes 20 ans. Il faisait beau. Sans doute trop parfait. La bonne température, le ciel bleu, le soleil douillet. Mes parents n’étaient pas plus gentils que d’habitude, ce jour-là. Ma mère avec son agaçante allégresse portait une robe Elie Saab violette en tulle et cristaux digne d’un festival de Cannes, mon père plus sobre était en costume de lin blanc. Du Marie-Nicole Lemieux flottait dans toutes les pièces comme musique de fond. Ils étaient aussi excités que si je me mariais avec le Prince Harry, et virevoltaient dans les escaliers en chantant. Une comédie musicale qui me sciait les nerfs. J’étais déjà épuisée par leur enthousiasme. Levés tôt, ils avaient transformé, comme à leur habitude, la maison en castel fastueux. J’aurais pu avoir 10 ans de moins ou 5 ans de plus, le rituel était immuable. Je restais stoïquement Alice au pays des merveilles et pourtant les merveilles ce n’étaient qu’eux deux.
 
J’étais soulagée, tout de même, que ce cirque se déroulât à huis clos. Avant tout parce que ma mère avait pris l’habitude depuis quelque temps d’inviter uniquement les gens dignes de son casting personnel. Ils devaient être obligatoirement beaux, minces, élégants et riches. Qu’importe si pour nous ce n’étaient que d’illustres inconnus. Certains, assez intelligents, jouaient la comédie des amis sincères et de longue date, d’autres profitaient tout simplement des somptueux buffets et des alcools délicats. Nous vivions dans un univers factice que tout le monde feignait de trouver fascinant.
Je n’ai jamais connu mes parents. Je serais incapable de dire quel livre ou quelle musique aimait ma mère, je suis incapable de savoir si mon père faisait du sport ou s’il rêvait en secret d’un verre de bière et d’une assiette de harengs-pommes à l’huile.
Incapables.
 
J’ai trouvé le gâteau mauve encore plus écœurant qu’à l’accoutumée. Ils se regardaient toutes les cinq minutes en minaudant à travers leur coupe, à croire qu’ils fêtaient leur énième anniversaire de mariage.
Je n’ai plus supporté.
Comme d’habitude ils m’avaient offert un cadeau débile. L’année dernière, ils avaient trouvé génial un séjour en igloo de luxe. Loin des igloos d’enfance qui menacent à tout moment de vous tomber dessus et que l’on construit en riant. Dans celui-ci il y avait même une cheminée ! N’importe quoi.
Là, c’était une étoile dans le Register of Sky avec mon nom accolé aux coordonnées de l’astre choisi. Je ne savais pas que Dieu s’adonnait aux joies du commerce. Autant payer une fortune pour une goutte d’eau personnalisée de la mer des Tchouktches. Re-débile.
Je n’ai plus supporté.
Les bonbons roses à mon nom, les meringues bleu ciel, les barbes à papa, les bougies, les perles et nous trois comme des souverains dans un palais nauséeux. La tête qui tournait au champagne hors de prix.
Je n’ai plus supporté.
 Les étrangler a été très rapide. La surprise et l’étonnement les ont paralysés autant que le curare. Le plus difficile a été de les ranger sagement dans notre congélateur. L’effort m’a fait claquer des dents.
Malgré l’assurance et les cachotteries de mes parents, je savais parfaitement où se trouvait le coffre dans leur chambre. Mon père camouflait fièrement la combinaison d’ouverture dans un texte miniature sur une petite plaque en or qu’il avait autour du cou. Toujours son credo de la dissimulation évidente. Plus c’est devant le nez moins la solution semble crédible. Là, il n’a pas fait de difficultés lorsque j’ai détaché la chaîne de son col.
Braquage facile quand on a le code. J’ai détruit la serrure à coups de marteau, la porte une fois ouverte. Drôle d’agression. Drôles de crocheteurs.
 
De l’argent liquide, beaucoup de liquide. Pas si lumineux que cela, les parents. Je n’avais jamais cherché à connaître leur métier et ça ne m’intéressait pas tant que cela. Ils ne s’occupaient pas de moi. J’envisageais alors la réciprocité. Ma vengeance à moi était de feindre d’ignorer un maximum de choses les concernant croyant naïvement les contrarier.
Mais en découvrant toutes ces liasses de billets, des questions se sont télescopées aux croisements de mes neurones. Un embouteillage à New York.
 Du liquide, beaucoup de liquide. À nager un 400 m dedans. Ça m’a rempli un sac Keepall 55 Noir trouvé dans l’armoire de ma mère, au milieu d’une centaine d’autres sacs de luxe rangés comme de petits caniches. Un sac si raffiné perdu dans ce grand dressing ridicule, sans doute le cadeau d’un ami qui ne connaissait pas la rancune du mauvais goût.
Je n’étais plus jamais entrée dans leur chambre à coucher depuis mes 6 ans. Ma mère m’avait grondée gentiment  elle savait vous flanquer une trouille bleue avec un sourire d’ange  pour avoir froissé ses draps en satin un dimanche matin où j’avais eu des envies espiègles de bagarre tendre dans le lit de mes parents. Interdiction de réitérer ce genre de comportement déplacé. Je n’y suis jamais retournée.
Je ne me souvenais que très vaguement de cette pièce. Mais c’était pire que le reste de la maison. Une ode au kitch ravageur. La panoplie complète du riche tout en finesse et en raffinement. La grande classe en peaux de bêtes, trophées du Kenya et cristal Swarovski.
 J’ai posé le sac au pied d’un grand lit Selim en Altuglas. Lourd. Une sacrée somme.
Ça m’a défoulée un peu de tout casser, mais ma rage est tombée comme une voile dans le vent mollissant.
La migraine m’a assaillie, me fonçant dessus comme un Mig 20. L’étau est vite devenu insupportable, à me faire saigner les oreilles. Des milliers d’aiguilles derrière les yeux dans de grands flashs blancs. Des frissons de douleur en vagues de plus en plus hautes. Un mal pour un bien. J’ai failli oublier ma réserve de cachets. Ils sont puissants et nécessitent une ordonnance rouge foncé. Là, la quantité était suffisante pour un bon moment. J’en ai pris trois tout de suite. Autant briser les reins de la douleur immédiatement. La rapidité est importante pour un soulagement relativement immédiat. La bataille retirait doucement ses chevaux. J’ai mis mes plaquettes en sûreté dans une pochette. J’ai ri. Je n’aurais pas aimé m’apercevoir, plus tard, que mes petits blancs sont restés prisonniers du tiroir de cette pièce maudite.
 J’ai rangé ma chambre lentement et j’ai décidé d’abandonner la maison de mes parents, sans regrets, en laissant croire à un cambriolage qui aurait mal tourné. Pas très professionnel à y regarder de près.
Rassemblé mes affaires et je suis partie en négligeant la porte entrouverte et toutes les lumières allumées. J’ai marché jusqu’à la gare, avec The End des Doors sur les oreilles, malgré un trajet long et pénible et une migraine en filigrane. J’y ai laissé mes derniers lambeaux de fureur.
 L’avis de recherche me concernant a vite pâli sous la pluie. Une orpheline c’est plus encombrant qu’une disparue. Je n’ai jamais su si j’étais sur la liste des suspects, mais je n’ai pas eu l’impression que les chemises bleues se fussent mouillées de beaucoup d’auréoles dans cette affaire. Alors la page c’est moi qui l’ai tournée. Et je suis partie vers le Sud juste pour voir si l’on se trompait dans le Nord.
 
À la fin du bal on paye les musiciens. Je venais de leur régler l’addition.
 
Je venais d’avoir 20 ans.
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Katewagner

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Re: Le Paradis des Louves

Message par jean-LouisV le Jeu 30 Oct - 21:03

Bonjour,

Je n'aime pas non plus les étiquettes mais en revanche,  j'adore les livres qu'on arrive pas à classer.

Ce que je viens de lire est encourageant.



A+

Jean-Louis

jean-LouisV

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Localisation : Val d'Oise

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Re: Le Paradis des Louves

Message par Katewagner le Ven 31 Oct - 20:28

Bonsoir Jean-Louis 
Merci d'avoir prit le temps de me lire et pour votre commentaire. Excellente soirée.
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Katewagner

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Re: Le Paradis des Louves

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