Le cavalier de l'Alster (Jacques-François Martin)

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Le cavalier de l'Alster (Jacques-François Martin)

Message par Jacques-François MARTIN le Jeu 21 Nov - 12:51

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Ancien bibliothécaire paisible, Pascal a toujours été charmé par les mystères de l’Allemagne et envoûté par ses paysages, sa langue, sa culture... Mais pourquoi donc se sent-il tellement aimanté par ces terres germaniques ?

Lors d’un voyage dans cette terre voisine qu'il n'avait pas visité depuis longtemps, son destin va basculer irrémédiablement: une terrible révélation va l’amener à commettre le pire.

Serait-il porteur d’un gène de criminalité, voire d’un improbable gène de germanité ? L’un des deux l’aurait-t-il conduit à l'irréparable ? L'homme s’interroge, abasourdi au fond de sa cellule, dans cette Allemagne dont il a "profondément aimé le parfum, presque autant que celui des femmes…"

Une mini saga familiale entre Allemagne et Colombie, conçue comme un film en Technicolor sur fond d’Histoire du XXe siècle, faisant aussi la part belle à l’amitié franco allemande d'aujourd'hui.

Jacques-François MARTIN

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Le cavalier de l'Alster, chapitre 1, Extrait N° 1

Message par Jacques-François MARTIN le Lun 27 Oct - 17:26

 Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, beaucoup d’entre vous connaissent mon nom en tant que reporter et journaliste, mais je voudrais aujourd’hui vous demander d’oublier cette étiquette publique, afin que chacun puisse se concentrer sur la personnalité de l’accusé. Je ne sais pas, après être resté longtemps sans nouvelle de lui, si je peux le qualifier d’ami, mais j’avoue très simplement que j’ai conservé pour lui une affection toute particulière. C’est la raison pour laquelle j’ai décidé de vous faire part des informations qu’il m’a confiées d’homme à homme, et dont je pense qu’elles pourront vous conduire d’ici quelques jours à porter un jugement éclairé.
Monsieur Lauternier, que j’appellerai Pascal, est une personne déchirée. Pas seulement aujourd’hui, après l’événement dramatique dont vous aurez à élucider les motivations et les circonstances. Mais j’ai toujours senti en lui autre chose, qui s’apparente à une condition humaine difficilement vécue et peut-être, malgré son apparente bonhomie, à un sentiment permanent de culpabilité. Culpabilité de quoi, me direz-vous ? Je ne suis pas certain de le savoir encore aujourd’hui, malgré le temps que j’ai passé à recueillir ses souvenirs et ses doutes, ses émotions, qu’il ressent aussi bien dans sa vie quotidienne que, curieusement peut-être, dans un passé qu’il n’a pas vécu lui-même. Vous verrez en effet qu’il éprouve parfois douloureusement dans sa chair des événements datant d’avant-même sa naissance, comme s’il avait lui-même été directement confronté à certaines réalités historiques difficilement soutenables. Pascal n’est pourtant aucunement un adepte d’une quelconque médiumnité. C’est simplement un homme ordinaire, qui a appris à cacher son extrême sensibilité sous le masque d’une apparente normalité : bon époux, bon père et grand-père, bon citoyen, bon professionnel et bon camarade, ce qu’il est aussi en réalité, je vous l’assure avec certitude. Nous avons donc affaire à un personnage beaucoup plus complexe et composite qu’il n’y paraît.
Je dois encore ajouter que, comme vous le comprendrez par la suite, Pascal, qui aime notre pays depuis longtemps, s’est en même temps toujours demandé ce qui motivait réellement cette attirance forte pour notre culture, notre langue et notre histoire. C’est d’ailleurs peut-être ce qu’il était venu chercher sur place lors de ses derniers voyages « Outre-Rhin », comme on dit en France.
Monsieur le Président a bien fait d’insister sur le point suivant : lorsqu’il m’a relaté ses souvenirs en lien avec l’Allemagne et avec la Colombie (je dis bien « souvenirs », alors qu’il n’a jamais mis les pieds en Amérique du Sud), Pascal a presque systématiquement fait usage du temps présent. Car il revit réellement ces faits dès qu’ils remontent à sa mémoire. Afin de vous plonger, Mesdames et Messieurs, dans la matière brute de son récit, j’ai souhaité aujourd’hui conserver cette particularité de langage, qui ne me paraît pas anodine.
 Monsieur Duport, s’il vous plaît, intervient le Président, je crois que nous avons compris les grandes lignes de la personnalité de l’accusé. Je pense qu’il faudrait désormais arriver au corps-même de votre témoignage, ou plutôt de celui de Monsieur Lauternier. Nous en saurons alors beaucoup plus sur lui.
 Pardonnez-moi, Monsieur le Président, mais je voulais par ces quelques mots introduire mon discours. J’en viens donc aux éléments que je présenterai dans l’ordre où ils m’ont été communiqués même si, ce faisant, je ne respecte pas toujours la chronologie. Et je commencerai par vous donner lecture de ce qu’on peut éventuellement considérer comme des prémices très anciennes de cette terrible affaire.
 Je vous en prie, Monsieur Duport, nous vous écoutons avec une grande attention.

Jacques-François MARTIN

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Re: Le cavalier de l'Alster (Jacques-François Martin)

Message par annie.fayet.3 le Lun 27 Oct - 21:51

Cet extrait est très tentant ! On a vraiment envie d'en savoir plus d'autant que votre style est très agréable. J'aime beaucoup !
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annie.fayet.3

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Re: Le cavalier de l'Alster (Jacques-François Martin)

Message par Jacques-François MARTIN le Lun 27 Oct - 22:16

Bonjour et merci Annie pour cette première appréciation. Il y aura d'autres extraits...

À très bientôt,
Jacques-François MARTIN

Jacques-François MARTIN

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Le cavalier de l'Alster, chapitre 2: Extrait N° 2

Message par Jacques-François MARTIN le Mar 28 Oct - 19:09


Chapitre 2

Août 1924, Genève

 
 
 
   Ce jour-là, Le Quotidien de Genève rapporta un fait étrange survenu dans une clinique de la ville :
 
[Ce matin à la Clinique du lac, une mère et ses deux jumeaux ont disparu de leur chambre. Le directeur de la clinique, le docteur Jérôme Carbillon, a déclaré à notre reporter que c’était bien la première fois de sa longue carrière qu’un fait semblable se produisait. La mère des bébés aurait laissé un mot d’explication dont nous n’avons pas pu prendre connaissance, celui-ci ayant été réservé à la police du canton.]
 
   Dans cette maternité, un couple venait en effet de donner naissance à deux beaux jumeaux, deux garçons. Elle avait dix-huit ans, était suissesse et se prénommait Louise, elle travaillait comme secrétaire administrative dans un organisme financier installé dans de beaux bureaux tout neufs à deux pas du lac. Elle avait rencontré Gerhardt Lemmer, un superbe jeune homme blond frisé au corps d’athlète, dans un dîner organisé par des amis. Gerhardt était un peu esseulé à Genève où il était arrivé de fraîche date. C’était un garçon enthousiaste et plein de vie, qui passait ses vacances en Suisse. Il faisait partie d’une jeunesse allemande professant, à côté du ministre Stresemann et du Français Aristide Briand, la nécessité de trouver enfin une paix durable en Europe. Dès leur rencontre, Louise trouva qu’il ferait un père idéal pour l’enfant qu’elle appelait de ses vœux, bien qu’elle ne souhaitât pas se marier dans l’immédiat. Elle avait un caractère entier et voyait la vie d’une manière assez différente de ses amies, dont la plupart rêvaient de fonder dès que possible un foyer avec l’amour de leur vie. Louise était plutôt une jeune femme rebelle et pour elle, la maternité ne se partageait pas nécessairement, fût-ce avec le père de son enfant à venir. Elle ne voyait aucun inconvénient à l’élever seule, ce qui à l’époque apparaissait comme particulièrement scandaleux et déviant parmi les tenants de l’ordre établi, qui étaient de très loin les plus nombreux. Elle se donna à lui sans réserve dès les premiers jours, rêvant à chaque fois, soir après soir, du merveilleux enfant qui naîtrait de leur union.
 
   Les jours, les semaines et les mois s’égrainèrent ainsi paisiblement au bord du lac, sans que rien ne vînt altérer la quiétude, la douceur des lieux, ni la relation charnelle, brillante et passionnée qu’elle entretenait avec son amant de circonstances. Mais ce que Louise ignorait, c’est que le bel éphèbe n’avait nullement, lui non plus, l’intention de faire sa vie avec elle, malgré quelques protestations de bons sentiments loyaux et éternels de sa part. En réalité, leurs vues étaient assez similaires sans qu’ils le sachent encore au début de leur rencontre. Car Gerhardt avait son petit secret : il y avait en effet à Hambourg une certaine Frieda qui l’attendait. La jeune femme ne pouvait pas avoir d’enfant suite à une malformation de naissance et il avait été convenu entre eux que la première occasion pour Gerhardt de trouver ce qu’on n’appelait pas encore une mère porteuse serait la bonne. C’est pourquoi Gerhardt avait si rapidement jeté son dévolu sur Louise, dont la silhouette était assez proche de celle de Frieda, grande blonde au visage fin et racé, ayant un port général très distingué et une façon particulière de se mouvoir avec infiniment de grâce et de précision, comme on en rencontrait encore parmi les plus dignes représentants de l’aristocratie.
   Quand Gerhardt apprit, après quelques allers et retours entre l’Allemagne et la Suisse durant les sept premiers mois de grossesse de Louise, que celle-ci allait vraisemblablement accoucher de jumeaux, chacun se perdit en conjectures sur ce qui allait arriver et sur la façon dont ils allaient gérer cette situation totalement imprévue.  [...]

Jacques-François MARTIN

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