L'héritage de Bastet (Didier Hallépée)

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L'héritage de Bastet (Didier Hallépée)

Message par dhallepee le Jeu 15 Déc - 13:05



auteur : Didier HALLÉPÉE
Titre : L'héritage de Bastet (Roman)
parution : 2012

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Re: L'héritage de Bastet (Didier Hallépée)

Message par dhallepee le Jeu 15 Déc - 13:09

Après de nombreuses oeuvres félines, je me suis enfin décidé à attaquer le roman.

La première partie est achevée et les nombreux amis auxquels je l'ai communiquée ont manifesté des appréciations fort encourageantes (qu'ils soient remerciés de leur indulgence).

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Re: L'héritage de Bastet (Didier Hallépée)

Message par dhallepee le Jeu 15 Déc - 13:14

C’est au temps des grands dragons que les elfes sont arrivés. Mais l’ennemi les avait suivis. La fin de l’immense bataille a signé la fin des elfes mais aussi la naissance du chat !

Seule Bastet a survécu. Elle protégera Chat et accompagnera l’homme jusqu’à ce que celui-ci soit prêt à accueillir le retour de la magie.

De la Genèse à nos jours, en faisant un détour par la révolution russe, tout se met en place sous nos yeux.

Un roman passionnant où le vrai héros s’appelle Chat !

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1 - Chat, chien, homme, la légende des origines

Message par dhallepee le Jeu 15 Déc - 13:17

Autrefois, les elfes parcouraient le monde. On les disait fils des étoiles, réfugiés d’un monde qui s’éteignait et fuyant les sombres menaces qui hantent les galaxies.

Ils étaient arrivés au temps des grands dragons, ceux que l’on appelle aussi dinosaures. La disparition des grands dragons leur avait rappelé que s’ils étaient immortels, ils n’étaient pas éternels, car même les dieux peuvent périr d’accident.

Leur vie bucolique se déroulait dans la joie et les chansons au cœur de l’immense et impénétrable forêt du Sahara lorsque le péril venu d’au-delà des étoiles les retrouva. Leurs ennemis innommables les avaient retrouvés.

Ils avaient l’apparence de loups gigantesque sur la figure desquels on pouvait lire une cruauté maléfique, une cruauté qui n’était pas de ce monde ! Une cruauté magique prête à se repaître de la magie des elfes.

L’affrontement fut à la hauteur des puissances magiques qui se heurtaient ! L’affrontement final fut tel que la magie détruisit la magie, entrainant chaos et destruction alentour. La terre en trembla sur son orbite. L’immense, la magnifique forêt du Sahara en fut détruite à jamais, changée en un aride désert. Plus jamais les chansons des elfes ne s’élèveraient sous ses frondaisons.

Vint enfin le moment où la dernière poignée d’elfes affronta ses derniers adversaires, les derniers survivants des puissances du mal ! Epuisés, exténués, les adversaires firent une pause. L’extermination mutuelle était proche. Plus jamais l’une ou l’autre race ne pourrait prospérer. Croître et multiplier était devenu un passé à jamais révolu. Nul enjeu ne justifiait plus cette lutte.

Incapables de vaincre, les derniers survivants jetèrent le reste de leurs pouvoirs magiques dans le combat final. La magie affronta la magie. Ainsi furent détruites les dernières traces de magie sur notre monde. Ainsi furent détruits le mal absolu et le bien absolu, ne laissant sur notre monde que l’Espérance !

Ainsi les derniers survivants de ces deux races furent-ils privés de leurs pouvoirs magiques et devinrent-ils mortels.

Les elfes devinrent humains ! La plus noble part en eux était la soif de liberté qui s’exprimait dans leur communion avec la nature, dans cette démarche souple et ondulante, dans cet étrange regard qui traversait leurs vertes pupilles au dessin vertical. C’est ainsi que l’essence des elfes devint le chat ! Et que jamais plus l’homme ne connaitrait l’essence de la liberté qui serait l’objet des aspirations les plus profondément ancrées en lui !

Leurs ennemis de leur côté perdirent taille et puissance, sauvagerie et cruauté, devinrent loups et chiens, perdirent soif de conquête et de liberté. Ils jurèrent fidélité à ce qui restait de leurs anciens adversaires.

C’est ainsi que naquirent l’homme, le chat et le chien et que la place de chacun fut inscrite au firmament. L’homme toujours dominerait et aspirerait à une liberté qui jamais ne saurait lui suffire. Le chien, dans une fidélité à toute épreuve, jamais ne pourrait plus imaginer la liberté perdue. Le chat, épris de liberté, chercherait toujours autour de l’homme son moi à jamais disparu, mais jamais ne saurait connaître le repos. Et chat et chien garderaient à jamais une part de cet antagonisme qui avait failli tout annihiler !

On dit que certains furent peu affectés par ces transformations. Anubis raconta son histoire qui fut interprétée et transmise dans le Livre des Morts. Le dernier de la race dit-on disparut en France du côté de Gévaudan.

Isis, Osiris, Seth et quelques autres vécurent leurs derniers siècles au cœur de ce qui fut autrefois l’impénétrable forêt du Sahara et allait devenir les déserts de la Haute et de la Basse Egypte. Leurs récits, mal compris des hommes, allaient faire d’eux les divinités de l’Egypte naissante.

La dernière d’entre eux, Bastet, avait à la fois gardé son humanité et sa soif de liberté absolue. Tout en elle s’exprimait dans sa démarche et son allure féline. Elle ressemblait à une déesse à tête de chatte et exprimait en elle à la fois la douceur bucolique de sa race et les extrêmes colères qui avaient failli vaincre leurs ennemis.

C’est ainsi que Bastet, dernière survivante de ces épopées fantastiques, devint déesse de ce peuple nouveau qui jamais plus ne pourrait atteindre la splendeur de ces elfes dont ils étaient issus. Bastet permit l’alliance de son peuple, les chats, avec les humains leur permettant de vivre enfin côte à côte dans une approximation bien imparfaite de l’être unique qu’ils étaient autrefois. Ainsi l’homme découvrit que le chat était la part d‘absolu qui lui manquait.

On dit qu’une part de magie vit encore dans les lignées les plus antiques des chats d’Egypte et qu’ils peuvent rendre à certains humains une part du passé perdu.

Aujourd’hui encore, le mau égyptien porte en lui la bénédiction de Bastet. Conscient de cette richesse, il l’exprime par sa noblesse d’allure, sa forte personnalité indépendante, son tendresse fusionnelle pour l’humain. Selon la légende, la magie pourra renaître lorsque seront réunis dans une même portée les quatre couleurs du mau : le silver, le bronze, le black smoke et le noir, pour peu que leur humain favori en soit digne.

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1 - Cat, dog and man : the legend of the origins

Message par dhallepee le Jeu 15 Déc - 13:20

Once upon a time, in another era, elves were travelling all over the world. They were said to be starfarers, refugees from a dying world who fled the dark evil lurking in the galaxies.

They had arrived during the age of the great dragons, those creatures whom we nowadays call dinosaurs. The great dragons’ disappearance had reminded the elves that, immortal though they might be, they were not eternal, because even gods can accidentally die.

They had been living their bucolic way of life, filled with joy and songs, in the heart of the great impenetrable Sahara forest when the danger from outer space reappeared. Their hateful enemies had finally found them.

They had the appearance of gigantic wolves on whose faces one could read purely malevolent cruelty, a sort of cruelty which was not of this world! A magic cruelty ready to feast on the magic of the elves.

The confrontation was on a par with the magic powers which collided with each other! In the final battle magic destroyed magic, leaving only chaos and destruction in its wake. The Earth even shook on its orbit. The immense magnificent Sahara forest was destroyed forever, changed into a dry desert. Elves’ songs would not soar from its foliage anymore.

Finally there came the time when the remaining handful of elves faced what was left of their enemies, the last remnants of the evil powers! Exhausted, worn out, the opponents had a break. Mutual extermination was close at hand. Neither of the two races could hope to prosper ever again. To grow and multiply had become a dream of the distant past, now forever unattainable. No stake whatsoever could justify this fight anymore.

Unable to win, the last survivors cast whatever was left of their magic powers in the final fight. Magic faced magic, one tragic and final time and so were destroyed the last remnants of magic in our world. So were destroyed absolute Evil and absolute Good too, leaving only Hope in our world!

And so were the last survivors of these two races deprived of their magic powers and so did they become mortal.

The elves became human! The noblest part in them was their longing for freedom which expressed itself in their communion with nature, in their supple wave-like gait, in that strange glance of theirs through green vertical pupils. Thus the essence of the elves became the cat! The essence of a freedom definitely lost to man and which would be the object of the aspirations most profoundly rooted in him!

The elves’ enemies, for their part, lost much in size and power, savagery and cruelty, became wolves and dogs and lost their thirst for conquest and freedom. They swore loyalty to what remained of their former opponents.

Thus were born Man, Cat and Dog, and so was the place of each registered in heaven. Man would always dominate and aspire to freedom, a quest which would never satisfy him. The dog, in its staunch loyalty, couldn’t even envision its lost freedom anymore. The cat, infatuated with freedom, would still look to man for its lost self but would never know rest. And cat and dog would forever keep within them part of the antagonism which had almost annihilated everything!

It’s said that some were little affected by these transformations. Anubis told his own story, which was interpreted and passed on in the Book of the Dead. The last one of the race, so we are told, disappeared in France in the Gévaudan area.

Isis, Osiris, Seth and some others lived their last centuries in the heart of what used to be the impenetrable Sahara forest and which was soon going to become the deserts of Higher and Lower Egypt. Their narratives, badly understood by men, were going to turn them into the divinities of nascent Egypt.

The last one of them, Bastet, had kept both her humanity and her thirst for absolute freedom. Everything in her was expressed in her gait and feline look. She looked like a goddess with a cat’s head and at the same time conveyed the bucolic sweetness of her race and the extremies of anger which had almost overcome their enemies.

And so Bastet the last survivor of these fantastic epics, became a goddess to these new people who could never again recover the magnificence of the elves from whom they descended. Bastet allowed the alliance of cats, her people, with human beings, allowing them to finally live side by side in a rough approximation of the unique being they once used to be. So man discovered that the cat was that part of the absolute which was missing in him.

It’s said that some magic still lives in the most antique lineages of the cats of Egypt and that they can restore fragments of this lost past to a few chosen human beings.

Nowadays, the Egyptian Mau still carries in him the ancient blessing of Bastet. Conscious of this wealth, he expresses it through his noble look, his strong independent personality, his effusive tenderness for human beings. According to legend, the magic can be revived if and when one litter combines the four colors of the Mau: Silver, Bronze, Black Smoke and Black, - provided, of course, that their favorite human being proves to be worthy of them.

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2 - Prologue

Message par dhallepee le Jeu 15 Déc - 13:22

Telle était la légende. Comme toutes les légendes, elle contenait sa part de vérité. Elle racontait en peu de phrases ce qui s’était déroulé sur des millions d’années. Ce que ne disait pas la légende était encore plus extraordinaire que ce qui était raconté.

Durant longtemps au coin du feu les hommes se raconteraient les souvenirs de ces époques qu’ils avaient oubliées. Les récits se modifieraient d’âge en âge. Seul resterait le souvenir de ces êtres qui étaient des dieux et des pouvoirs qu’ils pouvaient accorder aux hommes.

Lorsque la Grande Bataille des Origines fut terminée, le monde avait changé. Le chat et le chien et l’homme avaient un monde à conquérir. Ils avaient à se rencontrer afin d’accomplir leur destinée, mettant ainsi fin au temps des légendes.

Les rares survivants des anciennes races avaient été pris au cœur de forces qui les dépassaient. Ils n’étaient plus que l’ombre de ce qu’ils avaient été. Leurs rares rencontres avec l’homme firent que les légendes ne furent pas oubliées. Ils disparurent avant la fin du temps des légendes.

Deux êtres d’exception avaient échappé au sort commun. Plongés dans une profonde méditation, cachés au cœur du monde, ils furent miraculeusement épargnés. Regagnant les lieux qui leur étaient familiers, ils ne trouvèrent plus que désert et désolation là où leur peuple avait créé un paradis en accord avec la nature. La gigantesque forêt du Sahara n’était plus. Le monde avait été bouleversé et un nouveau venu, l’homme, tentait de maîtriser les richesses de la mère planète.

Ainsi, Mau et Bastet étaient-ils les deux derniers êtres de lumière. Un elfe et une elfe qui avaient unis leurs destinées bien avant la catastrophe. Miraculeusement épargnés, ils étaient les deux derniers détenteurs de la magie de leur peuple venu d’au-delà des étoiles, le dernier espoir de survie d’un peuple si ancien.

Il y avait un troisième survivant. Le dernier Ennemi. Encore empli de cette haine et de cette volonté de destruction qui avaient traqué les elfes jusqu’à la porte ultime de leur destin. Il restait à Anubis une dernière tâche à accomplir : Mau et Bastet ne pouvaient pas lui survivre, dût-il en mourir !

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Re: L'héritage de Bastet (Didier Hallépée)

Message par dhallepee le Jeu 15 Déc - 13:22

Anubis humait le vent. D’où il était, il pouvait percevoir sentir l’odeur des deux grand océans qui enserraient cette terre. D’un côté, un parfum salin chargé de l’odeur de ces algues qui donnaient l’impression d’une terre inconnue. De l’autre, cette fureur contenue venue de l’autre bout de la terre et qui donnait ce goût si étrange aux moindres gouttes.

Et là, au milieu des terres brûlées par la chaleur du soleil, cette écœurante odeur de printemps et de renouveau que ces abominables elfes trainaient partout derrière eux.

Leur chant de tristesse s’élevait vers le firmament. Ils pleuraient leurs amis à jamais disparus. Et pourtant au cœur de cette peine se glissait un murmure d’espoir. Leur terre n’était plus, leur peuple n’était plus, et pourtant on sentait renaître l’abominable espérance de tout recréer. C’était intolérable. Anubis n’allait pas le tolérer.

La magie était morte. L’ultime affrontement en avait consumé tous les éléments. Pourtant, de ci de là, on sentait encore des traces de pouvoir. Plus jamais la magie ne reviendrait, mais il était encore possible d’en glaner les dernières traces pour les déchaîner sur ces pauvres naïfs d’elfes qui croyaient être les seuls survivants.

Anubis se plaça sous le soleil exactement, choisissant l’emplacement précis entre le tropique et l’équateur et le moment exact du zénith. Juché sur la plus haute colline, il entama sa mélodie, ce hurlement terrible qui glace les chaires en annonçant le prédateur, cet écho qui imprégnerait les plus profondes forêts et que l’on attribuerait aux meutes de loups affamés.

Six fois il hurla vers le nord, entraînant dans son hurlement l’air qui se mit à tournoyer autour de lui. Soixante fois il hurla vers l’ouest, soulevant les gouttes de l’océan et entrelaçant les impossibles arcs-en-ciel qui naissaient de cet entrelacs d’air et d’eau. Six cents fois il hurla face à l’est, là où le soleil s’était levé, forçant la terre à rejeter la lumière de ce soleil qui l’avait quitté pour rejoindre les promesses accueillantes d’un ouest aux couleurs vespérales. Six cent soixante six fois ! Son chiffre ! Le nombre de la terreur ! Celui qui mêle l’eau des océans, le feu de la lumière décomposée et l’air qui se déchire au milieu des ténèbres.

Six cent soixante six fois le chant d’outre-espace appelle à lui les dernières traces de magie et les mêle aux forces élémentaires de l’eau, de l’air et du feu. Six cent soixante six fois il mêle ces forces et les dénature, leur forçant à accumuler la puissance.

L’eau, l’air, la terre et le feu, ces quatre forces élémentaires qui peuvent être unies par le chaos de l’univers pour recréer les quatre principes : la matière, l’énergie, la magie et la vie.

Mais Anubis n’y a pas mêlé la terre. Sa création est incomplète et instable. La formidable puissance ainsi accumulée a soif de ce qui lui manque. Les forces cardinales de l’est, de l’ouest et du nord cherchent le sud. Seule la puissance d’Anubis retient ces forces au creux de sa main.

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Re: L'héritage de Bastet (Didier Hallépée)

Message par dhallepee le Jeu 15 Déc - 13:22

Plus loin au sud, Bastet et Mau enfin apaisés se sont endormis. Demain, ils recréeront un monde nouveau, un monde dépourvu de magie, mais où les petits elfes qu’ils engendreront auront l’éternité pour recréer la beauté.

Un miaulement réveille Bastet. Deux yeux en amande la contemplent. Le regret pour son peuple disparu laisse la place pour une grande tendresse envers leur dernière incarnation. Jamais le chat ne redeviendra le peuple des elfes, mais quelque chose des elfes dormira à jamais en eux.

Une supplication se lit au fond de ces yeux verts. Le miaulement déchirant porte un message.
 Bonjour petit chat.
 Miaou.
 Tu as l’air bien malheureux ! Tu verras, nous rebâtirons le monde !
 Miaaaou !

Le chat fit demi-tour et se dirigea vers un creux dans le sol non loin de là, jetant de nombreux coups d’œil par-dessus son épaule.

 Tu veux que je te suive ?
 Miaou.

Le chat se glissa dans le creux. Il y avait juste assez de place pour que Bastet s’y glisse. A moitié pliée, comprimée entre les parois, Bastet se guidait aux miaulements de l’animal. Au bout d’un temps qui lui parut interminable, Bastet déboucha dans une étroite caverne où elle put se redresser.

Come tous les elfes, Bastet voyait parfaitement dans le noir. Elle regarda autour d’elle. Un peu plus loin à droite, el chat était penché et redoublait de miaulements déchirants. Bastet s’approcha. Au dernier moment, elle vit le trou dans le sol et évita la chute. Se mettant à genoux, elle tâcha de voir ce que contemplait le chat. C’était un trou de quelques mètres aux parois trop raides pour laisser la moindre prise. Et là au fond, un chat qui ne pouvait ressortir. Une femelle en train d’accoucher ! Son compagnon était venu chercher de l’aide !

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Re: L'héritage de Bastet (Didier Hallépée)

Message par dhallepee le Jeu 15 Déc - 13:23

Là, droit au sud, c’est là qu’Anubis avait senti les elfes tant haïs.

La psalmodie d’Anubis s’arrêta. La dernière des six cent soixante six incantations était prononcée. Un silence soudain tomba sur le monde. Un instant toute la puissance de monde était concentrée au dessus d’Anubis.
D’un geste, Anubis lâcha l’Armageddon.

Toute la puissance accumulée se rua vers le sud, se portant à la rencontre des forces de la terre pour s’unir à elle en un immense chaos.

Le terrible vacarme réveilla Mau qui vit venir sur lui ce déchaînement de forces indomptables. Il n’y avait plus rien à faire, la vengeance d’Anubis allait s’accomplir. L’œil perçant d’Anubis contemplait ce qui allait s’accomplir.

Mais que se passe-t-il ? Il n’y a qu’un seul elfe. Où est l’autre ? Pendant qu’Anubis se pose ces questions, un déluge d’air, d’eau et de lumière entrelacés se rue vers la terre sur laquelle se trouve Mau. La terre se rue à la rencontre de cette tornade magique entraînant Mau avec elle. Les quatre forces se mêlent et se combinent en une énergie pure qui entoure Mau et se mélange avec ses énergies vitales. Le corps de Mau grandit sous l’effet de l’énergie accumulée et Mau irradie une lumière de fin du monde par ses yeux, sa bouche, son nez, ses oreilles.

Sous l’effet de la puissance accumulée, Mau ne fait plus qu’un avec l’énergie de l’univers. Il sent en lui chaque atome qui compose la terre, chaque graine de vie qui en anime les habitants. Il n’est plus qu’énergie primordiale qui va retourner au chaos.

Mais Mau a aussi senti la présence d’Anubis triomphant. Anubis, figé dans la posture qui a déclenché les forces de l’Univers savoure son triomphe. Mau disparu, il n’aura aucun mal à s’occuper de Bastet.

Mau n’est plus qu’énergie, forces élémentaires qui se combinent, prêtes à créer un chaos d’où naîtra un autre chose. L’énergie a encore la forme de Mau et la conscience de Mau mais le chaos déjà prend forme autour de lui.

Dans un dernier sursaut de conscience, Mau fixe son regard et ses énergies sur Anubis. Ce regard concentre toutes les énergies accumulées et Mau disparait en une explosion d’énergie qui suit la direction de son dernier regard. C’est le chaos qui s’abat sur Anubis.

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Re: L'héritage de Bastet (Didier Hallépée)

Message par dhallepee le Jeu 15 Déc - 13:23

En détournant cette incroyable puissance sur Anubis, Mau l’a détournée de l’endroit où, peu de temps auparavant, Bastet et lui reposaient. A l’abri dans la caverne, Bastet a bien ressenti les incroyables bouleversements que subissait le monde, mais le pire lui a été épargné.

Le sol a été soulevé, les parois de la caverne se sont écartées, laissant la voie libre pour Bastet et libérant par la même occasion la chatte prisonnière.

Bastet a vu la mort de Mau et celle d’Anubis. Une longue vie de solitude s’ouvre devant elle. La disparition de Mau avait plongé un poignard de glace dans le cœur de Bastet. Le désir de vivre l’avait quittée.

 Miaou.

Le regard de Bastet se tourna vers le chat. Celui-ci se frotta contre ses jambes en ronronnant. Un peu plus loin, sa femelle avait enfin donné le jour à quatre magnifiques chatons. Leur mère était en train de toiletter ces chatons nouveau-nés au pelage encore mouillé et tout ébouriffé.

 Miaou.

Toute la magie du monde avait disparu, mais la magie du chat venait de naître. Par son ronronnement, celui-ci avait su préserver la dernière étincelle de vie qui était encore en Bastet et lui donner le plus précieux des cadeaux : l’Espérance.


 Merci, semblait dire le chat. Regarde ce que tu as fait : la vie renait autour de toi.

Bastet se baissa et caressa la tête du chat

 Tu nous as donné la vie, lisait-on dans les yeux du chat. Tu es désormais responsable de ce que tu as créé. Toi et tes héritiers, vous nous servirez à jamais.

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3 - Sous l'oeil de Bastet

Message par dhallepee le Jeu 15 Déc - 13:24

Avant de quitter ce monde, avant de laisser la place à la race nouvelle des hommes, Bastet voulait que le souvenir des elfes ne disparût pas à jamais. Elle voulait que ce monde nouveau célébrât à jamais le nom de son compagnon disparu.

Elle voulait aussi protéger l’homme, cet être sans défense qui héritait de la terre et qui, un jour peut-être...

Et surtout, son rôle désormais était de servir le chat !

Perdu sur l’immensité du monde, l’homme avait la dure tâche de survivre. Quérir nourriture, abri et chaleur et assurer la survie de sa race à lui, la dernière née de toutes les créatures.

Le vivre, la sécurité et la perpétuation de l’espèce : les trois plus vieilles activités de l’homme. Tout un monde à conquérir, à peupler, à aménager et à plier à ses besoins ! Quand Bastet voyait cette créature chétive et quasi sans défense, elle se demandait s’il avait vraiment un avenir.

Comment ferait-il un jour alliance avec le chat ? Aujourd’hui, si l’homme rencontrait le chat, il penserait nourriture ! Que de chemin à parcourir !

Alors Bastet se rapprocha des hommes et vécut non parmi eux, mais à proximité. Durant de très très longues années, elle les observa et parfois leur apparu sous les traits d’une femme très âgée au regard chargé d’ans et de sagesse. A chaque apparition, elle attira leur attention sur d’étranges phénomènes : Elle leur montra la viande grillée des animaux après un feu de forêt. Elle attira l’attention sur des éclats de silex aux bords acérés. Elle contempla avec eux une pierre qui roulait. Elle s’extasia devant les graines que portaient certaines plantes.

Elle parcouru tous les habitats humains pour montrer les merveilles de la nature à ceux qui voulaient bien observer avec elle. Mais bien souvent en vain, car il faut du temps pour éveiller l’intelligence.

Bastet avait le temps devant elle et toute la patience du monde. Elle savait que les idées devaient cheminer lentement jusque dans le cœur de l’homme puis germer lentement afin de donner les meilleurs fruits. Elle savait qu’avant de domestiquer le feu il fallait se brûler à maintes reprises. Elle prévoyait que les vêtements viendraient quand le froid serait là et que les premières cultures ne pourraient précéder les premières famines.

Bastet eut moins de patience avec les outils, la roue, le levier. Seule la disparition de la magie justifiait que l’on s’intéressât à ces choses qui n’auraient jamais la beauté de la nature, la force d’une plante qui pousse, l’éclat d’un rayon de soleil dans les pétales d’une fleur. C’est ainsi que Bastet apporta les premières techniques de façon bien rudimentaire, oubliant ici de montrer le levier, négligeant là de suggérer la roue…

Le cœur de Bastet pensait toujours aux étoiles lointaines d’où venait son peuple. Souvent son regard se tournait vers l’étoile des origines et elle restait ainsi en contemplation durant des heures. Parfois, l’homme la trouvait ainsi, et l’homme apprit à regarder les étoiles, promesse d’un avenir qu’il ne pouvait imaginer.

Et sous les yeux de Bastet, petit à petit l’homme s’éveilla à l’intelligence et aux premières civilisations. Bastet lui avait fait le cadeau le plus précieux qui soit : la quête du savoir. Le cadeau qui un jour ferait de cet être chétif et sans défense le maître se son monde et le maître de son destin !

Bastet tint sa promesse. Elle imagina de grandes constructions tournées vers les étoiles, marquant l’emplacement du monde des origines, renfermant les secrets de la connaissance qu’elle n’avait pas encore transmis, et surtout commémorant le souvenir de Mau et de sa fin tragique, le souvenir d’un amour à jamais disparu, le souvenir d’un peuple oublié. C’est ainsi que sur le lieu du grand affrontement, dans le grand désert du Sahara elle fit édifier ce qu’on appellerait plus tard les grandes pyramides d’Egypte. Et de l’autre côté de l’océan, sur l’emplacement de la dernière bataille, elle ensevelit les plus précieux souvenirs de son éternel amour sous la grande pyramide des illusions, celle dont les secrets resteraient à jamais inviolés et qui fut entourée des pâles imitations du Yucatan.

L’homme émergeait de son passé. Il était temps de lui faire rencontrer Chat.

Bastet s’installa dans cette région chargée des souvenirs du passé et du futur, près d’un fleuve appelé Nil, là où des hommes se nommaient pharaons et guidaient leur peuple dans les méandres du présent.

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4 - La rencontre

Message par dhallepee le Jeu 15 Déc - 13:25

Bastet avait appris aux peuples de la terre de craindre et respecter les forces de la nature. Arbres et animaux avaient reçu autrefois la terre en héritage et l’homme devait la partager avec eux. La sagesse de Bastet ne fut pas toujours comprise et son message fut entaché de nombreuses superstitions. Nombreux furent les peuples qui adorèrent des arbres, des animaux, le tonnerre ou le soleil.

Le navrant spectacle de toutes ces absurdités déplaisait à Bastet, mais elle savait que l’éveil de l’intelligence devait parfois emprunter des sentiers bien obscurs et que la quête de la liberté passait par le libre-arbitre.

Bastet avait une immense indulgence et un profond amour pour ses enfants. Mais de tous ses enfants, ses préférés vivaient au bord du grand fleuve, là où tout avait commencé et où tout avait fini, au cœur de cette contrée que ses habitants appelaient désormais l’Egypte.

Des leçons de Bastet, les égyptiens avaient retenu que les forces de la nature étaient des divinités et que ces divinités avaient forme animale.

Les grands mystères de la création et de la nature furent expliqués par les plus sages des hommes. Ceux-ci créèrent une mythologie où les grands desseins des puissances divines reposaient sur la petitesse des sentiments que leur attribuaient les hommes qui les avaient créés à leur image. En ramenant les dieux au niveau des hommes, l’homme justifiait son règne sur le monde et sur les autres hommes. En attribuant des causes mesquines aux actes divins, il s’élevait au dessus des puissances divines, lui qui était parfois capable de grands sentiments et de compassion. En étant pleinement humain, l’homme était plus que dieu et affirmait sa maîtrise de tout ce qui le dépassait.

A de si piètre divinité, il fallut pour les servir des serviteurs qui leur ressemblassent. Ainsi, les plus fidèles serviteurs des dieux servaient-ils consciencieusement les intérêts de ces serviteurs eux-mêmes.

Le premier d’entre eux, représentant des dieux parmi les hommes, représentant des hommes auprès des dieux, maître des destinées de son peuple, souverain incontesté de la haute et de la basse Egypte, maître de tous les cultes, le premier d’entre eux était Pharaon. Pharaon notifia sa divinité et tous l’approuvèrent, le respectèrent et l’adorèrent.

De tous les cultes qui s’occupaient des âmes humaines, il en fallait bien un qui fut plus puissant que les autres. Il en fallait bien un dont les prêtres sussent promouvoir leur dieu parmi les dieux afin de s’élever parmi les hommes. Il en fallait bien un dont la légitime ambition fût capable de préserver l’indispensable modestie des autres clergés.

C’est ainsi qu’Amon le dieu-bélier, autrefois image incarnée de la douceur et de la soumission, fut élevé au rang de dieu du puissant culte des prêtres d’Amon. La puissance de son clergé fut telle que parfois la divinité de Pharaon lui-même en était ébranlée.

Non loin de l’Egypte, une étrange tribu avait interprété tout autrement les messages de Bastet. Toutes ces choses qui dépassaient l’entendement les hommes, toute cette puissance indomptée qui régnait sur la terre, tous ces messages inscrits par les étoiles au firmament, toutes ces choses incompréhensibles ne pouvaient avoir qu’une origine divine. Mais un panthéon de dieux aux pouvoirs multiples ne sufisait pas : en multipliant les dieux, ces hommes ne les percevaient plus comme supérieurs. Pour que l’intelligence de l’homme puisse comprendre et dominer le monde, il fallait que celui-ci eut un maître. Seul un dieu avait pu créer tout cela, et un dieu si puissant ne pouvait laisser imaginer l’existence d’une puissance qui ne lui fut pas soumise. C’est ainsi que l’idée d’un dieu unique était née au sein de cette tribu.

Cette étrange tribu était loin, aux confins de l’Egypte. S’ils étaient resté chez eux, les prêtres d’Egypte les eussent ignorés. Mais l’un d’eux nommé Joseph fut vendu comme esclave et fut ainsi intégré aux serviteurs de pharaon.

Durant de longues années, Joseph travailla dur, obscur serviteur sans l’avenir pour lequel l’espoir d’un maigre repas et d’une inconfortable couche représentaient le but quotidien. Parmi les esclaves, sa piété et ses étranges croyances avaient été remarquées. Imaginez ! un seul dieu ! Ne voyait-il pas Râ dans le ciel et Pharaon sur la terre ? Il ne serait pas ici sous la protection de Pharaon si Isis et Osiris, le couple divin, n’avaient pas créé la glorieuse Egypte ! Par Horus, la plaisanterie était savoureuse et divertissait les esclaves durant leurs rares moments de repos.

Mais la rumeur avait quitté l’enceinte du palais et ses échos avaient désagréablement chatouillé l’oreille du prêtre d’Amon. Pour celui-ci, ce n’était pas une innocente plaisanterie ! Quelle arrogance, ce dieu qui se croyait supérieur aux autres dieux, alors que tout le monde pouvait constater la puissance d’Amon ! Le dieu d’un esclave ne pouvait être supérieur aux dieux de Pharaon ! Et cet esclave, ce misérable vermisseau ! en commençant par nier les dieux de ses maîtres, il finirait par nier l’autorité de ses maîtres eux-mêmes. Nul n’avait le pouvoir de nier le bel ordonnancement du monde. Il fallait mettre une fin brutale et définitive à ces absurdités ! Le grand prêtre allait parler à Pharaon.

Pendant ce temps, Bastet préparait l’arrivée de Chat.

Profitant de la nuit, sous la bénédiction de son amie Lune, Bastet se glissa doucement dans la chambre de Pharaon et se tient là debout près de sa couche.

La nuit était chaude. La respiration paisible de Pharaon soulevait en rythme sa poitrine. Bastet posa délicatement ses mains sur les tempes de Pharaon. Elle se concentra pour laisser filer ses pensées à travers ses doigts afin que celles-ci imprègnent le cerveau de Pharaon, faisant naître en lui d’étranges rêves qui lui laisseraient d’inattendues souvenances à son réveil. La répétition du rêve durant les premières heures de la nuit permettrait de créer l’obsession.

Dans son premier rêve, Pharaon se tenait près du fleuve. Alors sept vaches belles et grasses sortirent du fleuve et se mirent à brouter dans la prairie. Sept autres vaches laides et maigres sortirent du fleuve après elles et se tinrent à côté d'elles au bord du fleuve. Les vaches laides et maigres mangèrent les sept vaches belles et grasses. Puis le pharaon se réveilla. Dans le second rêve de Pharaon, sept épis gros et beaux montaient sur une même tige. Sept épis maigres et brûlés par le vent d'est poussèrent après eux. Les épis maigres engloutirent les sept épis gros et pleins. Dans son troisième rêve, sept gros rats sortaient du fleuve et se précipitaient sur sept immenses tas de grains déposés sur les rives de Nil. Sept serpents sortaient alors des marais et se glissaient derrière les rats pour les engloutir. Sept animaux étranges à l’apparence de petits lions des sables s’approchaient alors, la lumière de Râ jouant avec les taches de leur pelage et dévoraient serpents et rats.

Ensuite, dissimulée sous un voile d’éclats de lune, Bastet se dirigea vers le quartier des esclaves. Joseph et ses étranges idées avait attiré son attention. La personnalité de Joseph trahissait des origines inhabituelles. On sentait en lui une grande intelligence, une sensibilité exacerbée et une tolérance rare. Parmi les ministres de Pharaon, ses eunuques et ses prêtres, Bastet n’avait jamais rencontré des qualités aussi prometteuses.

Dans l’enclos des esclaves, Bastet fut encore plus discrète que dans la chambre de Pharaon. Inutile de réveiller ces malheureux. Chaque heure de sommeil leur était précieuse après tant d’heures de dur labeur sous le regard acéré de Râ. Les mains fermées sur les tempes de Joseph, Bastet fit d’abord filer les rêves de Pharaon. Les vaches grasses et les vaches maigres défilèrent dans la tête de Joseph. Les épis gros et maigres se courbaient sous le vent. Serpent, Rat et Chat se dirigeaient vers la ville de Pharaon, les derniers venus dévorant les premiers. Puis, dans une dernière vision, Joseph vit une immense bâtisse emplie de grains, les portes gardées par ces étranges félins nimbés de lumière et auprès d’eux, une femme aux étranges oreilles pointues en train de les caresser.

Le lendemain, le grand prêtre d’Amon demanda audience afin de demander qu’il soit mis fin à cette absurdité de dieu unique. Même si une telle idée n’avait aucun avenir, elle pouvait se révéler dangereuse en détournant le peuple et les esclaves de leurs légitimes offrandes au clergé d’Egypte.

Pharaon reçut son Grand prêtre. Mais avant que celui-ci n’eut pu présenter sa requête, Pharaon lui parla se son rêve, exigeant une explication.

 Qui sont ces vaches grasses, qui sont ces vaches maigres ? Pourquoi les épis les plus frêles étouffent-ils les gras épis chargés de grains. Qui est cet étrange animal qui vient dévorer Rat et Chat ? Parle, explique-moi ce message des dieux.

La requête de Pharaon laissa le grand prêtre sans voix, preuve qu’il s’agissait bien de quelque chose de prodigieux. Pharaon convoqua ses ministres, ses eunuques, ses officiers, mais nul ne sut lui fournir d’explication. Le grand prêtre réunit en vain tout le clergé d’Amon puis consulta les grands prêtres des autres divinités, envoyant des messagers dans les temples les plus reculés de la haute et la basse Egypte. En vain. Même le grand prêtre d’Apis, le taureau sacré, ne comprenait rien au comportement de ces vaches. De mauvaises langues se dirent que, de toutes façons, il n’avait jamais rien compris aux femelles…

Le récit du rêve de pharaon sortit du palais pour se répandre dans toute la ville puis dans toute l’Egypte. Il parvint même aux oreilles des esclaves. « Prends garde à ne pas te faire dévorer par une vache maigre », disaient-ils à ceux qui ne se hâtaient pas suffisamment au sortir des champs de blé.

La rumeur atteint même Joseph. Etrangement, elle lui rappela des rêves oubliés. Joseph continua à arracher les mauvaises herbes dans les champs de grains de Pharaon. Les grains avaient été semé après la crue dans les terres proches du fleuve, terres grasses enrichies par le limon du fleuve. Entre ces terres et le fleuve, se trouvaient les marais où vivaient d’innombrables oiseaux et des petits prédateurs.

Ce jour là, Pharaon s’était rendu sur les bords du fleuve pour s’adonner à son sport favori, la chasse aux oiseaux. Prétextant les nécessités de la chasse, Pharaon refusait généralement que sa nombreuse suite l’accompagnât. Sa garde personnelle se tenait à distance, empêchant les intrus de s’approcher. Seule une poignée de rabatteurs accompagnait Pharaon ainsi que les rares privilégiés qu’il avait invités à le suivre.

Joseph était affairé au bout du champ quand Pharaon sorti des marais à la poursuite d’un ibis à l’aile cassée. Bondissant soudain, Chat sortit des roseaux et s’empara de l’ibis. La robe mouchetée de chat jouait avec la lumière. La vue de Chat rappela à Pharaon stupéfait son rêve inexpliqué. Joseph vit Chat et Pharaon. Un instant le monde s’immobilisa sous le regard bienveillant de Bastet. Sorti du plus profond des ses rêves, le souvenir de Chat envahit Joseph qui avait eu l’impression d’une lumière bondissante tellement Chat avait été vif.

 La lumière, s’exclama Joseph !

A ces mots, Pharaon vit qu’il n’était pas seul et se tourna vers Joseph.

 Tu connais cet animal ?

Joseph reconnu Pharaon et se prosterna.

 Je l’ai vu en rêve.
 En rêve ! Venait-il manger Rat et Serpent ?
 Oui, ô Pharaon.

Et Pharaon raconta son rêve.

Et Joseph reconnu le rêve.

Mais Joseph avait eu un rêve plus complet que Pharaon. Le souvenir de l’immense bâtisse où s’entassaient les grains fit venir les mots à ses lèvres.

 Ce qu'a rêvé le pharaon correspond à un seul événement. Dieu a révélé au pharaon ce qu'il va faire. Les sept belles vaches sont sept années, et les sept beaux épis aussi ainsi que les sept grands tas de grains : c'est un seul rêve. Les sept vaches décharnées et laides sorties après les premières sont sept années, tout comme les sept épis vides brûlés par le vent d'est ainsi que les sept rats gras. Ce sont sept années de famine. Les sept serpents sont les sept années de calamité qui accompagnent les années de famine. C'est comme je viens de le dire à Pharaon, Dieu montre à Pharaon ce qu'il va faire : il y aura sept années de grande abondance dans toute l'Egypte ;30 sept années de famine les suivront, et l'on oubliera toute cette abondance en Egypte. La famine détruira le pays. Cette famine qui suivra sera si forte qu'on ne s'apercevra plus de l'abondance dans le pays. Si le pharaon a vu le rêve se répéter, c'est que la décision est ferme de la part de Dieu et qu'il la mettra rapidement en œuvre. Mais Dieu à montré la voie du salut. Que le pharaon choisisse un homme intelligent et sage et qu'il le mette à la tête de l'Egypte. Que Pharaon établisse des commissaires sur le pays pour prélever un tiers des récoltes de l'Egypte pendant les sept années d'abondance. Qu'ils rassemblent tous les produits de ces bonnes années à venir, qu'ils amassent, sous l'autorité de Pharaon, du blé et des vivres dans les villes et qu'ils en aient la garde. Que ces bâtisses où s’accumulera le grain soient mises sous la protection de cet animal qui quittera les marais pour s’installer auprès de l’homme et chasser rats et serpents. Ces provisions formeront une réserve pour le pays, pour les sept années de famine qui frapperont l'Egypte, afin que le pays ne soit pas détruit par la famine.

Alors Pharaon compris que Joseph avait raison. Le rêve était un signe des dieux, ou de Dieu comme disait ce Joseph. Et Joseph en était le protégé. Par ce signe, Pharaon sut que ce récit était ce qu’il fallait faire et que Joseph était celui qui le ferait.

 Quand cet animal a bondi, tu t’es écrié « Mau », ce qui désigne la lumière. Désormais cet animal s’appellera « Mau » , le chat.

Ainsi, ce jour là, la rencontre entre Chat, Joseph et Pharaon eut de nombreuses conséquences : Pharaon connut la signification se son rêve, Joseph devint premier ministre, les scribes et mathématiciens d’Egypte apprirent la soustraction du tiers, les adeptes du dieu unique furent sauvés de la vindicte du grand prêtre d’Amon, les égyptiens inventèrent le silo à grains et Chat adopta l’homme.

De cette rencontre de nombreux autres événements découlèrent, l’histoire en fut bouleversée, le sort des peuples en fut changé. De terribles guerres furent évitées dans un lointain avenir. D’autres guerres prirent leur place. Mais ceci est une autre histoire.

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5 - Dans le temple de Bastet

Message par dhallepee le Jeu 15 Déc - 13:27

 Approche ô grand prêtre
 Tu m’as convoqué, ô ma déesse. Je suis à tes ordres. Voici bien longtemps que tu ne n’étais apparue à tes prêtres et à tes fidèles.
 Bientôt commencent les fêtes de Bubastis.
 Oui, ô ma déesse. Les fêtes en ton honneur commencent dans trois jours. Les barques des premiers pèlerins approchent déjà. Durant toute la durée des cérémonies, ils vont s’adonner aux danses en ton honneur et le vin de palme coulera à flot. Nombreux seront ceux qui auront apporté leur défunt chat pour le faire momifier en ton temple afin qu’il te tienne compagnie dans l’au-delà et intercède pour eux auprès des dieux. Ton clergé ne va pas manquer de travail.
 Et d’offrandes ! Je sais que vous vendez le vin à un prix scandaleux et que vous exigez de nombreuses pièces d’or pour accepter de momifier ces pauvres créatures. Vous abusez de la peine de leurs compagnons humains.
 Mais, ma déesse…
 IL SUFFIT ! Vous dépouillez mon peuple de fidèles sous prétexte d’intercéder auprès de moi, de guider la musique jusqu’à mes oreilles, d’accorder ma bénédiction à leurs plus grandes joies, de veiller sur les femmes en couche !
 Mais ma déesse, c’est ainsi que fonctionnent tous les cultes. Nous vivons de ces offrandes en apportant à tes fidèles la protection divine sans laquelle la vie en ce monde est insupportable et le voyage dans le monde des morts est sans espoir.
 IL SUFFIT ! PRENDS GARDE A LA LEGENDAIRE COLERE DE BASTET ! Si je supporte vos agissements mesquins, c’est parce que je ne puis attendre mieux de votre part. Mais prenez garde à ne pas exagérer. L’exemple des autres clergés n’est pas une excuse à mes yeux, c’est une condamnation !
 Oui, ô ma déesse. Retiens ta colère et dis-moi comment te servir. Veux-tu que nous baissions le coût des offrandes ?
 Inutile. Je vous connais bien, vous les prêtres. Ce que vous ne prendrez pas dans la main droite, vous le prendrez dans la main gauche. Ce qui m’intéresse n’est pas votre bien-être mais celui de Chat. Vous êtes là pour le servir !
 Je t’écoute, ô ma déesse.
 Il est venu à mes oreilles pointues que de nombreux fidèles, pressés de voir leur chat venir à Bubastis pour y être momifié et intercéder en leur faveur auprès de moi, n’hésitaient pas à hâter son trépas, même lorsqu’il n’était en rien malade. IL FAUT QUE CELA CESSE !
 Oui ô ma déesse. Ces chats sont généralement tués en leur brisant le cou. Ton clergé sait en reconnaître les signes. Désormais, toute personne apportant un tel chat se verra frappé d’une très forte amende. Et toute personne surprise à tuer un chat sera exécutée !
 Ces rebuts de l’humanité qui croient qu’il suffit d’avoir suffisamment d’or pour acheter la bienveillance des dieux ! Chat doit être protégé contre la cupidité, la superstition, la cruauté et tous les dangers venant du contact avec l’homme. Désormais Chat aura neuf vies. Ainsi il ne sera plus privé de la part de vie qui lui est due.
 Un tel don serait précieux à l’homme, ô ma déesse.
 NON ! Il ne le mérite pas !
 Peut-être pourrais-tu l’octroyer aux meilleurs d’entre eux, tes prêtres ?
 NON ! Vos n’êtes pas meilleurs que le reste de l’humanité. Si vous protégez Chat, ce n’est pas parce que vous l’aimez mais parce qu’il vous fait vivre !
 Le recrutement et la formation du clergé sont difficiles. Seul ton grand prêtre est digne de toi…
 IL SUFFIT !

Bastet accompagna son exclamation de colère d’un geste du bras si rapide que le grand prêtre n’avait rien pu voir. Trois traces sanguinolentes traversant le visage du grand prêtre ponctuaient le refus de Bastet, montrant ainsi que le privilège de la servir n’était pas sans risque. Malheur à celui qui éveillait sa colère.

Mais la colère de Bastet s’apaisait aussi vite qu’elle s’éveillait. Bastet éprouvait une grande tendresse protectrice à l’égard de l’homme même si celui-ci la méritait bien rarement.

Le destin de Chat et d’Homme étaient inextricablement liés. Bastet lisait dans les étoiles que ce destin était l’avenir des elfes et qu’un jour il dépasserait les limites étroites de ce monde.

Ayant assuré la protection de Chat, Bastet décida de faire un don à l’humanité. Chat portait en ses gènes le retour de la magie. Mais seul l’homme saurait un jour la faire renaître. Les maigres pouvoirs que Bastet avait conservés n’étaient rien face aux promesses du futur.

 Parmi mon clergé, il y a un jeune prêtre qui n’est là que par amour de Chat. Il méprise les offrandes dont sont si friands mes autres prêtres. Tu le reconnaîtras au mépris que lui montrent les autres prêtres. C’est à lui que j’octroie le don des neuf vies et le pouvoir de protection de Chat. Tu lui transmettras les enseignements de Bastet. Lui seul parmi les prêtres aura pouvoir de les comprendre et de les transmettre à celui qu’il choisira comme successeur. Ainsi par le Chat la magie sera préservée et par l’homme un jour elle sera réveillée.
 Mais comment ?
 Il ne t’appartient pas de le savoir. Va et obéis à mes ordres.

De nombreux Pharaons avaient régné sur la Haute et la Basse Egypte depuis que Chat avait adopté les égyptiens. Maintes fois Nil était sorti de son lit pour féconder la terre avant de regagner sa demeure épuisé mais heureux. De nombreuses fois Râ avait dardé ses regards sur les occupations des hommes et avait réchauffé de ses rayons la sieste de Chat.

Chat était devenu compagnon de Pharaon et l’accompagnait à la chasse aux oiseaux. Nul mieux que lui ne savait se tapir, immobile et silencieux, avant de bondir sur la proie de son choix. Pendant que Chat plantait ses griffes dans sa tendre victime, les autres oiseaux effrayés prenaient leur envol et tombaient sous les jets de bâton de Pharaon. Seuls les plus proches compagnons de Pharaon avaient l’honneur de l’accompagner dans cette chasse.

De tous les chats, Pharaon préférait ceux qui avaient la couleur brune des papyrus brunis par le soleil et dont la robe présentait des motifs en forme de tâche sur lesquels la lumière ne s’accrochait pas lorsqu’il se dissimulait dans les hautes herbes. La noblesse et la beauté de ces chats complétait leur supériorité à la chasse aux oiseaux. C’est sans doute à eux que l’on devait le fait que l’on écrive en utilisant le signe de l’Ibis à l’aile brisée. Thot, le Dieu Ibis, ne devait pas apprécier Bastet !

Ainsi, Pharaon était convaincu que les motifs mouchetés de certains chats était une écriture sacrée les désignant comme chasseurs émérites. Pharaon décréta que lui seul pouvait posséder ces chats. Le peuple pouvait les nourrir mais pas les accueillir en ses maisons : ces chats ne pouvaient habiter qu’au palais de Pharaon ou dans le temple de Bastet, à moins de choisir la vie de liberté qui était le destin de bien des chats.

Le chat moucheté fut ainsi à la fois protégé de Baste et protégé de Pharaon. Il fut appelé chat pharaonique. Le chat de Pharaon fut le pharaon des chats !

Bastet avait ses plans. Le règne des dieux d’Egypte prendrait fin un jour. Déjà l’envahisseur romain s’annonçait, attiré par les gigantesques greniers à blé d’Egypte.

Autrefois, les silos à grain avaient attiré les rats. Aujourd’hui ils attiraient les romains ! Comme l’avait annoncé Joseph, sept époques avaient passé avant que les nuisibles n’arrivent. Sept époques passeraient avant que la grandeur de l’Egypte ne revienne. En attendant, il allait assurer la survie de Chat !

Bastet convoqua son grand prêtre. Les temps avaient changé. Ramasser l’or n’était plus la préoccupation du clergé de Bastet. Bien des prêtres l’avaient désertée cat elle n’était plus la déesse en vogue. Normal : elle avait toujours rejeté sa divinité : cela décourage bien des prêtres. De plus, elle apparaissait parois à son clergé, à ses fidèles. Rien de plus déconcertant qu’un dieu qui peut vous apparaître, qu’un dieu sans mystères, qu’un dieu presqu’humain !

Les romains avaient besoin du blé de l’Egypte. Alors les jours de l’Egypte étaient comptés ! Les dieux romains allaient remplacer les dieux égyptiens. L’avenir de Chat n’était plus sur les rives de Nil !

Déjà, depuis bien des années, Bastet avait poussé ses amis à embarquer sur les bateaux pour s’installer sur les rives de la Méditerranée. Maintenant, les romains venaient en Egypte, alors, Chat allait aller à Rome ! Suivant les traces des romains, Chat allait conquérir le monde connu ! Mais avant qu’il ne quitte l’Egypte, Bastet voulait assurer son avenir. Bastet voulait lui confier l’avenir du monde. Pour assurer l’avenir du monde, Bastet voulait lui confier le passé du monde !

 Je me prosterne à tes pieds, ô déesse. Je réponds à ta convocation !
 Ô grand prêtre, répond à ma question. A quoi sert mon clergé !
 Depuis bien des années, nous sommes là pour te servir. Nous recueillons les offrandes et préparons les chats pour t’accompagner dans l’au-delà et intercéder en faveur de leurs propriétaires humains.
 COMPAGNONS humains ! Un chat n’appartient à personne !
 Oui, ô ma déesse.
 Le rôle de mon clergé n’est pas d’amasser les offrandes ! Il est de servir Chat ! Tout le reste n’est que gesticulations !
 Oui, ô ma déesse. Je vais donner ordre que des offrandes en nourritures soient disposées dans les rues pour nourrir les chats.
 SILENCE ! Ta mesquinerie est navrante ! Je parle de l’avenir de Chat. Son temps en Egypte s’achève. Il doit conquérir le monde. Il doit croitre et multiplier. Il doit conquérir le cœur des hommes, s’installer dans ses maisons et lui apporter le cadeau de Bastet.
 Le cadeau de Bastet ?
 Depuis des temps qui échappent à ton entendement, Chat et Homme sont liés. Ils sont les deux moitiés d’un même être. Il n’y a qu’en les réunissant que le monde retrouvera ce qui fut jadis perdu.
 Je ne comprends pas, ô déesse.
 Il est trop tôt pour que les hommes comprennent. Dans la grande lutte d’autrefois, le don des dieux fut perdu. Mais petit à petit, la terre redonné naissance à ce qui disparut. Durant de longues années ces trésors se sont accumulés et pourront un jour réapparaître. Chat est le messager, celui qui en fera don à l’Homme.
 Je ne comprends pas.
 Tu n’as pas besoin de comprendre. Toi aussi, tu n’es que le messager. Je te donnerai le message. Toi et tes descendants vous le garderez précieusement de génération en génération. Un jour, l’Elu de Chat viendra le chercher. Il trouvera le porteur du message dans mon temple à Bubastis. Avec ce message, il pourra lire les connaissances que l’ai gravées dans les salles cachées de mon temple.
 Bien, ô ma reine.
 Je vois à ton regard que tu espères profiter toi-même de ces connaissances. Mais le message sera inutile sans la clé. Et cette clé sera transmise par Chat à celui qui en sera digne lorsque les temps seront venus !
 Bien, ô ma reine.
 Maintenant, va auprès de Pharaon. Ordonne-lui de ma part de te remettre son plus beau chat, son champion de la chasse aux oiseaux, le plus beau chat pharaonique de Haute et Basse Egypte.
 Bien, ô ma reine.
 Ensuite, tu te rendras dans les quartiers pauvres d’Alexandrie. Là se trouve un chat aux couleurs sombres aux reflets de lumière. Dans ce quartier ; les chars romains circulent sans précautions. Fais en sorte que ce chat sacrifie une de ses neuf vies à sa déesse en se jetant sous les roues d’un char romain.
 Es-tu sûre, ô ma déesse. Je ne t’ai jamais vu appeler au sacrifice d’un de tes protégés !
 Oui, j’en suis profondément triste. Mais il le faut. Et Chat acceptera de me faire cadeau d’une des neuf vies dont je lui ai fait don.
 Ce sera fait, ô ma déesse.
 Ensuite, ameute le peuple. Que ce crime ne reste pas impuni. Poursuivez le romain jusqu’en son domicile et exterminez-le pour son crime.
 Bien, ô ma déesse. Mais je crains que Pharaon ne soit mécontent.
 PEU M’IMPORTE ! L’avenir de Chat est plus important que la politique de Pharaon. Les jours de l’Egypte sont comptés. Les romains demain domineront le monde connu. Le sang de Chat se mêlera au sang du romain pour écrire cet avenir et sceller l’alliance de l’Homme avec Chat. Rome découvrira le chat et apprendra ainsi à le respecter. Il embarquera sur les navires de blé destinés à nourrir le peuple de Rome et de là il conquerra toute l’Italie et tout le monde connu.
 Et le chat de Pharaon ?
 Lui sera confié au détenteur des secrets de Bastet. Il sera protégé dans mon temple et ses descendants peupleront l’Egypte aux côtés des chats communs. Un jour, le descendant du chat tué par le romain et émigré à Rome croisera le destin des descendants du chat de Pharaon. De cette alliance naitront quatre chatons de quatre couleurs différentes. Chaque couleur contrôlera une des quatre facettes de la magie. Par eux, Chat choisira l’homme qui héritera des pouvoirs de Bastet.
 Je peine à comprendre ta prophétie, ô ma déesse, mais tes ordres seront exécutés.
 Va et obéis. Mon rôle ici prend bientôt fin. Il se passera bien longtemps avant que je ne reparaisse.

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6 - A la poursuite du secret

Message par dhallepee le Jeu 15 Déc - 13:28

Ainsi le chat commença-t-il sa conquête du monde.

De nombreux bateaux l’accueillirent à bord pour lutter contre les rats. Ainsi, il s’établit sur les rivages de la Méditerranée. De là, il parcouru la future Turquie, s’installant jusque sur les rivages du lac de Van où il dut apprendre à pêcher le Darekh pour survivre.

Du proche Orient, son périple le conduisit par la route de la soie jusqu’au fin fond de l’Asie.

Suivant les romains, il s’installa à Rome puis dans toute l(Italie. De là, il remonta en Gaule, descendit en Hispanie, Visita l’est de l’Europe, fit souche en Scandinavie et en Russie. Il franchit même la manche pour découvrir l’Angleterre.

Ce long périple prit bien des années. Autour de Chat le monde changeait, les noms de lieux évoluaient, les peuples se civilisaient. Mais Chat restait Chat. S’adaptant à des conditions rigoureuses, certaines de ses lignées arborèrent une épaisse fourrure. Au gré de l’évolution, Chat se vêtit de splendides couleurs et de nombreux motifs. Mais toujours Chat restait Chat, vivant près de l’homme, protégeant les récoltes, prêt à accepter l’affection aussi bien qu’à préserver sa liberté.

Ainsi que Bastet l’avait prévu, les dieux d’Egypte virent leurs cultes disparaitre et de nouvelles religions occuper la place laissée vacante.

La nouvelle religion du dieu unique ne brillait pas par sa tolérance. Afin de détruire progressivement toutes les traces des autres cultes, elle bâtit ses fêtes sur les décombres des religions passées. C’est ainsi que la grande fête de Bubastis qui avait lieu lors de la deuxième lune de l’automne fut remplacée par la fête de tous les saints.

Bastet était aussi honorée pour son rôle de protectrice, veillant sur les humains et assistant les femmes en couche. Son rôle se confondit avec le culte de la sainte Vierge et il ne faut pas croire au hasard si la fête de celle-ci se situe à la mi-août.

Bastet était partie, mais son message avait été gardé. Bien sûr, il ne devait se transmettre que d’initié à initié. Mais des bribes s’étaient répandues çà et là. Dans les cercles d’initiés courait le bruit qu’un grand secret avait été dissimulé, que la magie pouvait être retrouvée et que Chat y avait un rôle.

C’était le secret d’un immense pouvoir. C’était une menace pour la religion du dieu unique. C’est pourquoi dans l’ombre de la religion certains cherchaient comment conquérir cet immense pouvoir pendant que d’autres tâchaient de l’anéantir.

Dans le désert du Sahara, là où avait eu lieu la grande bataille, on pouvait encore sentir le souffle de la magie. D’étranges choses parfois se produisaient. On mes appelait mirages, mais c’était souvent plus qu’un simple reflet sur les couches chaudes de l’atmosphère. Dans le désert du Sahara vivait un certain Mahomet.

Mahomet était un sage. Il aimait son peuple et voulait lui apporter la sagesse. Et Mahomet avait rencontré Chat. Mahomet était fasciné par Chat. Le temps des prophéties de Bastet n’était pas encore venu. Mais en présence de Chat d’étranges choses se passaient. Mahomet qui vivait en étroite communion avec Chat en venait à entendre les grains de sable, à sentir le souffle de l’eau, à comprendre les murmures du vent, à lire dans le feu. Quand Chat s’éloignait, les forces du monde quittaient l’esprit de Mahomet. Mais quand Chat était auprès de lui, Mahomet rayonnait la sagesse et la puissance, comme s’il était enfin un être entier. C’est ainsi que Mahomet devint le guide de son peuple. C’est ainsi que son peuple fit de Mahomet un prophète.

Un sage à la longue barbe observa que Chat avait neuf vie, preuve que le chiffre neuf était sacré et que donc Chat vivait en groupe de nef, un mâle et huit femelles. Puisque Chat avait neuf vies, cela lui faisait 8X9 = 72 femelles tout au long de ses existences. C’est de là que naquit la légende des 72 vierges. Chat en conclut que si derrière chaque barbe il y avait de la sagesse, toutes les chèvres seraient des prophètes.

On rapporte qu’un jour, Chat s’était endormi sur le vêtement de Mahomet. C’était l’heure de la prière. Alors, Mahomet préféra couper la manche de son manteau plutôt que de réveiller Chat. A son retour de prière, Mahomet fut remercié de sa sollicitude : Chat fit le gros dos et ronronna pour l’accueillir. La légende rapporte que Mahomet le caressa trois fois de suite, lui communiquant ainsi la vertu de toujours retomber sur ses pattes. La légende est belle : elle fait de Chat l’obligé du prophète. Mais les proches du prophète avaient retenu une leçon bien différente : Chat pouvait transmettre un puissant pouvoir.

La réputation de Chat suivit les conquêtes arabes, traversa l’Espagne et franchit les Pyrénées.

Et là, dans le pays des albigeois, l’homme fit alliance avec Chat. Les tenants d’une nouvelle religion crurent pouvoir bénéficier de l’intercession de Chat pour gagner l’état de perfection.

Mélange de religion, de superstition et d’influence féline, la religion Cathare eut bientôt la réputation d’avoir percé le grand secret de Bastet. La soif d’un tel pouvoir attira bien des convoitises. La croisade contre les albigeois eut raison de ces hérétiques et l’inquisition fut créée pour extirper cette hérésie. La violence à l’égard des hérétiques fut beaucoup plus forte que qu’on eut pu attendre d’un affrontement religieux. La mission de l’inquisition était de trouver le grand secret. L’inquisition ne trouva pas le grand secret, mais après son passage, aucun de ceux qui auraient pu le détenir n’avait survécu.

La recherche de ce grand secret avait aussi poussé les chevaliers d’occident à aller le chercher sur place. C’est ainsi que les croisés déferlèrent sur Jérusalem et la Palestine, à deux pas de l’Egypte. Plus de deux siècles de guerres à l’autre bout du monde pour des querelles religieuses ? Le secret de Chat semblait porter d’immenses promesses !

Durant ces croisades, les templiers s’étaient bâti un immense pouvoir. Des bruits circulaient attribuant des origines mystérieuses à leur puissance. L’or ne suffisait pas à tout expliquer. En 1314, le pape Clément et le roi Philippe décidèrent que les templiers devaient partager leur secret. Mais même sur le bûcher, les templiers gardèrent le silence.

La rumeur d’un grand secret circulait aussi parmi le peuple. Certains hommes et femmes du commun partirent en quête de la magie. Ils furent appelés sorciers et sorcières et, afin de leur épargner la tentation d’accéder à un pouvoir que leur basse naissance ne justifiait pas, l’Eglise eut la bonté de les condamner au bûcher. Au souvenir le Bastet, les sorcières parurent encore plus dangereuses. Aussi eurent-elles droit aux plus grandes attentions.

Les légendes avaient attribué chaque facette de la magie à une couleur de chat. Mais les légendes avaient été mal comprises, déformées, oubliées. Et c’est ainsi que seule le chat de couleur noire avait conservé la réputation de canaliser la magie. Aussi le brûla-t-on avec les sorcières. Et quiconque était vu en compagnie d’un chat noir risquait de finir sur le bûcher. C’est indéniable, le chat noir portait malheur ! Il y eut même un pape pour jeter l’anathème sur les chats noirs et leurs propriétaires. Seule une tache blanche dans le cou appelée « doigt de Dieu » ou « marque de l’ange » pouvait sauver l’animal.

Mais après tout, les sorcières avaient la réputation d’avoir neuf vies comme leurs chats. La belle affaire si on leur en prenait une en les brûlant !

Ainsi, Chat fut invité à partager les sabbats de sorcières, lointaine imitation des fêtes de Bubastis. C’est ainsi que les fêtes de Bubastis remplacées par la Toussaint reparurent sous le nom d’Halloween.

Bastet avait renoncé sans déplaisir à son rôle de déesse.

Elle pouvait apparaitre à son gré sous sa forme de déesse, une femme à tête de chat, sous sa forme féline ou sous forme humaine, en tant que jeune et jolie femme ou en tant que femme chargée d’années aux traits respirant la sagesse.

Bastet parcourait le monde, veillant sur Chat et accordant sa compassion aux hommes.

Bien des fois, aux fins fonds des campagnes, une sage-femme inconnue était venue prodiguer ses soins et sauver une jeune mère d’un accouchement difficile.

Bien des fois une vieille dame avait sauvé un chat des griffes du pouvoir ecclésiastique.

On ne retrouva jamais cette vieille aristocrate qui offrit le premier angora turc à la cour de France, ni cette belle institutrice qui revint du Siam avec le premier couple de siamois, ni cette vieille paysanne qui indiqua à un jeune couple d’américains que dans les égouts de Singapour vivait une étrange race de chats et que trois chatons avaient besoin d’être recueillis.

En Egypte, bien des choses avaient changé. Des empires avaient disparu, Des guerres avaient pris fin, et toujours le messager de Bastet veillait sur Chat. Chat vivait près des hommes mais gardait sa liberté. Et toujours, dans les recoins secrets du temple de Bubastis et dans les caves ignorées des anciens temples des dieux d’Egypte vivaient les descendants du chat de Pharaon. A travers lui, la beauté originelle de Chat était conservée. Le peuple d’Egypte veillait encore sur ses chats pharaoniques et Chat veillait sur le peuple d’Egypte.

Le secret de Bastet était toujours protégé, attendant celui auquel il était destiné.

Et pendant ce temps, les années et les siècles passaient. Chat voyait s’agiter tout un monde de prétendants au pouvoir qui retombaient rapidement dans l’oubli pendant que lui dormait activement au pied des pyramides.

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7 - du côté du papy russe

Message par dhallepee le Jeu 15 Déc - 13:29

On était en 1903. Le siècle n’avait que deux ans. La pleine lune de novembre illuminait les plaines du Don. Une troïka tirée par de robustes petits chevaux cosaques se hâtait vers sa destination. Le marchand regagnait Rostov après avoir négocié une importante quantité de céréales. La récolte avait été bonne et le marchand espérait un beau profit en envoyant par mer une partie de la récolte jusqu’en France. Les chats qui logeaient sur ses navires empêcheraient les rats de manger tout son bénéfice.

Le temps était encore agréable bien que l’hiver s’approchât à grands pas. Aussi loin au sud de la sainte mère Russie, le climat était clément.

Il était bientôt temps de s’arrêter pour la nuit. Rostov était à encore 120 verstes. Une bonne journée de voyage. Le surlendemain, il devait participer aux manœuvres annuelles des troupes de cosaques de réserve. Hommes libres au service du Tsar, les cosaques s’étaient établis dans le sud du pays où ils assuraient la garde des frontières et la protection de la Sainte mère Russie. A côté des troupes régulières cosaques qui faisaient partie de l’armée du Tsar, tous les hommes en âge de porter une arme se préparaient à défendre la patrie. En cas d’agression venant du sud, c’est tout un peuple qu’il fallait abattre avant de parvenir au cœur de la Russie ! L’automne était propice aux manœuvres : les travaux des champs étaient terminés, libérant les hommes de leurs tâches et permettant aux cosaques de chevaucher à travers les vastes steppes sans piétiner les récoltes. Le marchand était uryadnik, c’est-à-dire sergent. Son officier était le lieutenant Rostov. Un noble bien sûr : rares étaient les hommes du commun à devenir officiers. D’ailleurs, si l’on sen référait à la table des rangs, une telle promotion faisait de vous un noble. L’accès à un grade d’officier supérieur vous faisait entrer dans la noblesse héréditaire. Mais ce n’était pas pour lui.

Il avait le sang cosaque, fruit de nombreuses générations de cosaques avant lui. Aussi, rien ne pouvait remplacer ses fantastiques chevauchées au cœur des steppes. Il avait hâte d’être au lendemain.

On approchait de la stanitza de Constantinovskaya. C’est là qu’était né Serko, le petit cheval amourski gris avec lequel Dimitri Nikolaïevitch Pechkov avait fait son fameux raid au cours duquel il avait traversé la Russie de part en part en à peine 200 jours. Un fameux cheval et un fameux cosaque !

 Katia Fédorovna, nous arrivons. Voilà les lumières de Constantinovskaïa.

De sous les couvertures sortit une petite tête aux cheveux ébouriffés et aux yeux encore lourds de sommeil.

 Enfin ! l’étape a été longue.
 L’étape, et le voyage ! Pensez-donc, revenir de Saint-Petersbourg ! C’est pas à côté.

Le marchand arrêta sa troïka devant une pauvre cabane un peu à l’écart de la ville. Katia Fédorovna prit son baluchon et descendit.

 Encore merci. Que Sainte Catherine vous protège.

Le bruit de la troïka qui s’éloignait déjà ne se distinguait plus. Katia hésitait devant la porte. Elle allait frapper quand la porte s’ouvrit.

 Katiouchka ! toi ici !
 Baba !

Les yeux pétillant de joie de sa grand-mère s’abaissèrent vers le ventre de Katia. L’épais manteau ne suffisait pas à dissimuler à l’œil acéré de la grand-mère les raisons du retour de Katia.

 Tu connais maintenant les dangers de la ville impériale ! Ton père sera furieux. Mais il n’est pas là, il est parti pour les manœuvres d’automne. Entre.

Katia pénétra dans l’humble demeure. Une pièce unique où dormait et vivait toute la famille. La mère de Katia était morte en lui donnait naissance, aussi la famille se réduisait-elle à Fédor Ivanov et Baba.

Une odeur de chou et de betterave rouge embaumait, faisant monter l’eau à la bouche de Katia.

 Il reste un peu de Bortsch. Avec un gros morceau de pain, cela te fera du bien après un si long voyage.

Un miaulement attira son attention. Kochka, le chat, vint se frotter en ronronnant contre les jambes de Katia. Celle-ci se baissa pour le caresser.

 Bonjour toi. Tu m’as manqué, tu sais..

Katia se rappelait ce jour de 1900, la dernière année du siècle, où le jeune comte Rostov était venu à la stanitza pour acheter des chevaux. Depuis l’épopée de Dimitri Nikolaïevitch, les comtes Rostov n’achetaient plus leurs chevaux qu’à Constantinovskaïa. Les plus beaux amourski leur étaient destinés. Avec sa petite taille, sa crinière épaisse, son chanfrein fortement convexe, ses ganaches lourdes, et son encolure épaisse et courte, l’amourski n’avait pas la fière allure des chevaux de la noblesse anglaise. Mais c’était un cheval robuste, frugal, infatigable et capable de survivre aux hivers les plus rigoureux. En outre c’était un partenaire enthousiaste au combat. Un cosaque n’aurait pas pu rêver mieux.

La venue annuelle du comte Rostov était un évènement pour Constantinovskaïa. Comme toutes les jeunes filles de la stanitza, Katia Fédorovna venait admirer ces jeunes gens à la fière allure qui composait la suite du comte. Chacune espérait que l’un d’entre eux la remarquerait et se démènerait pour la faire venir au château. Comme servante peut-être, Peut-être mieux encore…

Du haut de ses seize ans, Katia savait que l’avenir lui appartenait. Que tout était possible et que le monde et l’amour n’attendaient qu’elle. Elle se représentait bien difficilement ce que cela voulait dire. Surtout que comme ses compagnes, elle n’avait jamais quitté la stanitza. Mais peu importe, les rêves d’une jeune fille sont capables de transformer le monde !

 Regarde, c’est le jeune comte.
 Comme il est beau.
 Fort et musclé comme je les aime !
 S’il descendait de cheval, on verrait s’il a de jolies fesses…

Les jeunes filles pouffèrent à la remarque d’Ivanova. Les plus jeunes d’entre elles rougirent. Le comte Nikola Nikolaïevitch se tourna vers l’origine de ces rires. Son regard croisa le regard admiratif de Katia. Pendant que Katia baissait les yeux, intimidée, Nikola détailla le corps de la jeune fille, son regard s’attardant sur les courbes pleines de promesses.

Son attention se porta de nouveau sur le petit étalon gris qu’un cosaque offrait à son regard.

Ce soir là, Katia s’endormit en rêvant au beau Nikola. Son corps lui promettait des plaisirs que son imagination ne parvenait pas à visualiser. Elle se doutait bien qu’il se passait de fort étranges étreintes entre un homme et une femme, loin des regards étrangers. Mais on ne parlait pas de ces choses là à une jeune fille. Selon son amie Marouchka, ça ne devait pas être bien différent de ce qui se passait entre l’étalon et la jument. Mais Katia imaginait mal le comte Nikola en train de se cabrer derrière elle. A cette idée, elle pouffa de rire. Elle s’endormit le sourire aux lèvres.

Le lendemain, un compagnon du comte Nikola se présenta à la porte. Fédor Illitch lui ouvrit. Il s’inclina devant le représentant du comte.

 Fédor Illitch, le comte Nikola a entendu parler de ta fidélité. Tu es un bon cosaque et tu honores ta stanitza.
 Hmmm, grommela Fédor. Rien ne bon ne venait jamais de la noblesse, fut-elle cosaque.
 Ta famille est une bonne famille. Ta fille est jolie et le comte l’a remarquée parmi ses compagnes. Elle ferait une bonne femme de chambre pour la comtesse.
 Le comte nous honore. Mais nous sommes une famille de cosaques : pauvres mais libres. Ma fille ne sera pas servante, fut-ce dans le château d’un tsar !

Katia avait tout entendu. Elle connaissait la fierté de son père et se savait digne du sang cosaque qui coulait dans ses veines. Elle était plus à l’aise sur un cheval que partout ailleurs. Mais l’idée de vivre au château et d’y côtoyer le beau Nikola lui faisait perdre la raison.

 Père ! C’est de ma vie qu’il s’agit ! une telle chance ne se présente qu’une fois.
 Je suis ton père. C’est moi qui décide pour les miens. Jamais dans notre famille nul n’a renié son passé cosaque pour entrer en service !
 Père ! Ne sois pas vieux jeu ! Nous entrons dans le vingtième siècle ! On dit que la société va profondément changer. Ce n’est pas en restant ici que j’assurerai mon avenir.
 Ma petite fille, ici ton avenir est simple, et libre. Là-bas tu connaitras peut-être le confort et les idées modernes, mais on ne te traitera plus en femme libre mais en servante, en objet dont on dispose à son gré avant de le jeter. Prend garde qu’on ne se lasse aussi vite qu’on s’entiché de toi. Prends garde qu’au lieu d’assurer ton avenir on ne le détruise !
 Je suis ta fille. Je suis fière et forte ! Rien ne pourra m’atteindre. Je suivrai le comte Nikola en son château.
 Bougre de bougre, tu es encore plus têtue que ton père. Rien ne t’empêchera donc d’y aller. Je prierai Dieu et la Vierge de te protéger. Puisses-tu ne pas me donner raison en revenant chercher refuge ici.

Il fallut bien peu de temps à Katia pour emballer ses maigres possessions qui tenaient en un petit baluchon. Elle grimpa en croupe du cavalier et s’en fut à la rencontre de son destin.

Pour une jeune femme de chambre, la vie au château était dure. Levée avant l’aube et couchée tard, elle n’avait guère de repos. Apporter le premier déjeuner à la comtesse, approvisionner de bois les appartements de celle-ci, aller au puits chercher l’eau pour la toilette, faire chauffer le bain, nettoyer les sols, laver le linge à l’eau froide de la rivière, repasser, repriser le linge, et plein d’autres choses encore.

Mais sa chambre dans les combles était plus vaste que la maison de son père. En outre, elle était chauffée ! Et la nourriture était plus riche et plus abondante que ce qu’elle avait connu jusqu’ici. Et elle avait reçu une tenue presque neuve ! Pour Katia, une telle opulence méritait qu’elle se donnât à son travail.

Elle croisait peu le comte Nikola car celui-ci passait le plus clair de son temps à l’extérieur, à administrer son domaine. Parfois, en allant puiser l’eau du bain de la comtesse, elle tombait sur Nikola torse nu en train de se laver à l’au glacée du puits. Mon Dieu, qu’il était beau. Lorsque Nikola rendait visite à sa femme, elle sentait parfois son regard s’attarder sur elle. Elle avait du mal à ne pas en rougir et le soir ses rêves étaient agités. Mais la comtesse veillait.

Finalement, par rapport à la vie à la stanitza, la vie au château du comte Nikola, c’était… la vie de château. Mais cela n’allait pas durer. Le destin avait d’autres surprises pour Katia.

 Katia, tu vas aider Alexandra Ivanevna à préparer les bagages pour Saint-Pétersbourg. Tu seras du voyage.
 Bien madame la comtesse.

Pour Katia, la surprise était de taille. Elle avait bien entendu dire parmi le personnel que le comte et la comtesse allaient passer la saison à Saint-Pétersbourg et que certains serviteurs seraient du voyage, mais elle n’aurait jamais imaginé qu’elle-même serait du voyage !

Saint-Pétersbourg, la ville impériale ! Ces mots résonnaient dans la tête de Katia. La ville des palais, des bals, des riches vêtements, des nourritures raffinées. La ville de tous les rêves !

 Reviens sur terre, ma fille. Nous y aurons beaucoup de travail et n’aurons guerre le temps de visiter la ville. Si nous voyons de beaux vêtements et de riches bijoux orner de nobles épaules, ce sera lorsque le comte et la comtesse recevront à dîner ou donneront leur bal : ces jours là nous aurons encore plus de travail ! Et si tu profites d’un jour de sortie pour visiter la ville, méfie-toi, avec tous ces étudiants beaux parleurs qui n’en veulent qu’à notre vertu et ces anarchistes prêts à tout faire sauter pour se rendre intéressants ! Dépêche-toi, les malles ne se rempliront pas toutes seules.

L’idée d’un étudiant téméraire au point de menacer la vertu d’Alexandra Ivanevna fit pouffer Katia.

Ce soir là, Katia s’endormit en rêvant qu’elle était vêtue de vêtements somptueux, les épaules nues et le gorge mise en valeur par le scintillement des diamants et que l’empereur lui-même s’inclinait devant elle pour l’inviter à danser…

Ce jour là, la comtesse donnait un bal. Toute la plus haute noblesse de l’empire y était invitée. Ce n’étaient qu’uniformes chamarrés, amples robes aux riches étoffes, chevelures couronnées de diadèmes, lumières de diamants attirant le regard vers des gorges opulentes. Les jeunes danseurs avaient la jambe bien tournée et le regard de bien des nobles dames d’âge mûr s’attardaient sur des fesses agréablement musclées tandis que les maris tâchaient de montrer en vain une grande indifférence devant tant d’épaules nues et de gorges attirantes.

Katia et Alexandra passaient parmi les invités avec des plateaux regorgeant de délicates nourritures tandis que les valets proposaient les boissons.

Il se disait que le tsar lui-même daignerait peut-être se montrer car Nikola Rostov et lui étaient amis de longue date. Ils avaient appris ensemble les rudiments de la vie d’officier et le fait de porter le même prénom avait contribué à les rapprocher. Leurs destinées les avaient tenus éloignés et Nikola se faisait une joie de revoir le tsar.

Après les mondanités d’usage, Les deux Nikola s’étaient retiré dans le fumoir avec un petit cercle d’intimes. Katia leur apporta un plateau de caviar et d’esturgeons fumés accompagnés d’une vodka venant de la propriété du comte.

Lorsque Katia se pencha pour poser le plateau, sa gorge se trouva un instant exposée au regard du tsar. Celui-ci voulut détourner les yeux et croisa le regard de Katia. Les yeux bleus de celle-ci étaient incapables de dissimuler toute l’admiration du monde.

Katia avait la taille fine, la hanche généreuse mais sans excès, un cou long et délicat et les rondeurs de sa poitrine promettaient une abondance de lait à ses futurs enfants. Sa cheville fine et délicate laissait imaginer de longues jambes fuselées que sa robe cachait aux regards.

Un peu plus tard dans la soirée, le comte Rostov demanda que Katia apportât du champagne de France dans le fumoir. Quand Katia entra, le tsar et le comte étaient seuls. Katia déboucha la bouteille et servit deux coupes. Le comte s’excusa et se retira.

L’empereur se saisit des deux coupes et en tendit une à Katia stupéfaite.
 Boirez-vous à ma santé ? Comment vous appelez-vous mon enfant ?
 Katia, votre majesté, bredouilla-t-elle, la voix coupée par l’émotion.
 C’est du cristal de Bohême, dit l’empereur pour meubler la conversation. On dit que la forme des coupes de champagne a été conçue par Diane de Poitiers, la favorite du roi de France Henri II. Diane était si fière de la beauté de sa poitrine qu’elle voulut en immortaliser la forme dans ces verres car, disait-elle, le champagne étant la boisson de l’amour, il lui faut un récipient digne de lui.

Katia trempa ses lèvres dans le champagne. La fraicheur de cette boisson pétillante lui chatouilla agréablement le palais. Tout cela avait quelque chose d’irréel.

L’empereur posa sa coupe et se pencha vers Katia pour l’embrasser.

Le tsar délaça la robe de Katia, faisant surgir deux seins fermes aux tétons fièrement dressés. Ses lèvres gourmandes se penchèrent vers l’objet de son désir.

Sous la chaise de l’empereur, un chat faisait la sieste…

Le lendemain, la vie quotidienne avait repris son cours. Nul ne parla à Katia de son tête-à-tête avec le tsar, comme si nul n’avait rien remarqué.

De son côté, Katia n’en parla à personne car qui l’eût crue ? Peut-être n’était-ce qu’un rêve…

Katia ne revit jamais le tsar.

Au château du comte Rostov, la nourriture était bien plus abondante qu’à la stanitza. D’adolescente maigrichonne s’était étoffée et était devenue une belle jeune fille bien en formes, ayant tout pour plaire. D’ailleurs elle avait plu…

A Saint-Pétersbourg, les serviteurs avaient droit aux restes des diners somptueux que donnaient le comte et la comtesse Rostov. Avec un tel régime, Katia ne s’étonnait pas d’avoir pris du poids au point de d’avoir dû reprendre plusieurs fois ses robes.

Ce jour là, elle apportait le samovar au petit salon quand elle entendit parler le comte et la comtesse.

 Mon cher, avez-vous remarqué que la taille de Katia Fédorovna s’arrondit ?
 Une nourriture trop riche. De retour à Rostov, elle retrouvera sa taille.
 Vous n’y êtes pas !
 Non, vous voulez dire que…
 Oui
 C’est bien embêtant !
 Il ne faudrait pas que ça se sache, ni surtout que ça vienne aux oreilles du tsar.
 Vous avez raison, ma chère.
 Il faudrait se débarrasser du problème. De toute façon, cette fille ne peut pas rester ici.

Katia, entendit les pas d’Alexandra Ivanevna dans le couloir. Ne voulant pas paraître écouter aux portes, elle entra dans le petit salon avec le samovar. La conversation cessa aussitôt.

Cette conversation avait ouvert les yeux de Katia. Elle était enceinte ! Qu’allait-elle faire !

En général, on ne gardait pas les servantes qui tombaient enceintes. Elles étaient renvoyées. Plus souvent avec brutalité qu’avec douceur.

Mais là, si on apprenait de qui était le bébé…

Ils avaient parlé de « se débarrasser du problème ». Que voulaient-ils dire ? Katia eut peur pour sa vie et celle de son enfant. Elle prépara son baluchon, prit ses maigres économies et quitta la maison aux premières lueurs de l’aube.

Elle n’avait nulle part où aller, si ce n’est regagner la maison de son père. Il fallait donc traverser la Russie du nord au sud, pratiquement sans argent. Ce serait éprouvant, mais Katia avait le caractère bien trempé…

Katia avait enfin trouvé refuge dans la maison de son père. La douce chaleur du feu et la bonne odeur de la cuisine de baba lui rappelèrent son enfance à jamais perdue. Katia sentit les larmes lui monter aux yeux.

Soudain, Katia sentit aussi un chaud liquide couler le long de ses cuisses. Elle baissa les yeux et vit une mare se former sous ses pieds Puis elle croisa le regard de baba.

 Le temps est venu, ma fille ! allonge toi et mets-toi en chemise, je vais m’occuper de toi.
 Mais qu’est-ce qui m’arrive ?
 Qu’est-ce que tu crois ? L’enfant arrive ! Ma pauvre petite.

Après la fatigue du voyage depuis Saint-Pétersbourg, Katia était épuisée. Mourir en couches semblait être son destin.

Mais c’était la deuxième pleine lune d’automne. Ce jour-là plus encore que d’habitude, Bastet veillait sur les femmes en couche.

Elle ne pouvait leur épargner la douleur, mais sa bénédiction permettait de garantir la vie de la mère et de l’enfant.

Ombre dans la pénombre de la pièce, Bastet veilla sur Katia durant tout l’accouchement.

A chaque contraction, Katia avait senti une grande douleur dans ses entrailles. Mais là, c’était bien pire. Comme si un poignard était plongé entre ses cuisses et que les os de son bassin se désarticulaient. Elle sentait ses entrailles se déchirer.

 Pousse, il arrive. Pousse fort.
 Haaaaaaa !

La douleur était atroce. Elle n’aurait imaginé que donner la vie pouvait être une telle épreuve. Tout le bas de son corps n’était que douleur. Dans un dernier effort, elle poussa et, dans un terrible déchirement, une atroce douleur, elle eut une impression de délivrance soudaine : une partie d’elle-même s’était frayé un chemin à travers ses chairs.

 Ça y est, l’enfant est sorti. C’est un garçon.

Un miaulement accueillit cette nouvelle.

On l’appela Georgiev.

En rentrant, Fédor Illitch avait trouvé sa fille épuisée, l’enfant endormi contre son sein.

Sa colère avait été tempérée par la pitié devant tant de souffrances et sa tendresse pour la chair de sa chair. Après tout, cet enfant n’y était pour rien.

Restait à sauvegarder les apparences.

Ce fut Dimitri Alexandrovitch, le maître d’école, qui fut choisi pour épouser Katia et devenir le père de l’enfant. Il ne fut pas difficile à convaincre car Katia était fort jolie. Une beauté digne d’un tsar, avait-il dit. Ah, s’il avait su !

Par ce mariage, Georgiev devenait Georgiev Dimitrievitch Denissov : Georges fils de Dimitri Denissov.

(à suivre)

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8 - La révolution

Message par dhallepee le Jeu 15 Déc - 13:30

Quand le comte et la comtesse Rostov regagnèrent leur château, l’enfant était né et avait trouvé un père. Nul bruit n’avait circulé sur les origines de l’enfant.

Une entrevue eut lieu pour décider ce qui devrait être fait.

Ni le comte, ni la comtesse n’avaient parlé du secret de cette naissance. Katia aussi s’était tue. On lui fit jurer le silence et l’affaire fut oubliée.

Georgiev eut une enfance paisible. En tant que maître d’école, Dimitri Alexandrovitch était fonctionnaire du tsar, l’un des premiers grades dans la table des rangs. Ce titre fort modeste permettait à Georgiev d’entrer comme Cadet dans une école d’officiers du Tsar.

A 5 ans, Georgiev quitta la stanitza pour devenir Cadet. De longues études s’ouvraient devant lui. En sortant de l’école, il serait sous-officier, mais, avec beaucoup de travail et un peu de chance, il pourrait devenir officier. Un grade d’officier conférait la noblesse à titre personnel et permettrait à ses enfants de sortir officiers de l’école de Cadets. L’un d’entre eux peut être finirait par se distinguer, devenir officier supérieur et acquérir ainsi la noblesse héréditaire !

Voilà les rêves qui bercèrent l’enfance du petit Georgiev à l’école des Cadets.

Le jour des 14 ans de Georgiev, une surprenante nouvelle arriva à l’école : à Saint-Pétersbourg, une révolution avait éclaté. Le tsar avait été renversé.

La situation avait vite empiré. Des bandes d’ouvriers brandissant le drapeau rouge s’étaient vite mêlées de tout, cherchant à faire payer aux nobles, aux riches et aux officiers les souffrances séculaires du peuple russe.

L’école des Cadets était une cible naturelle qui excitait la fureur des révolutionnaires.

Jusque là l’école, protégée derrière ses grilles closes avait réussi à tenir les bandes révolutionnaires à l’écart. Mais les soviets venant de la ville voisine étaient annoncés. L’école allait être envahie et la vie des élèves mise en péril.

Quelque jeune qu’ils fussent, ils étaient de futurs officiers. Ils n’avaient aucune pitié à attendre de soudards qui criaient haut et fort que leurs premières balles étaient pour leurs généraux.

Le colonel commandant l’école décida d’évacuer l’école pour protéger les cadets. Nul refuge n’était accessible en Russie, mais la mer Noire était proche.

Comme nul ne s’attendait à une mesure aussi audacieuse, le colonel réussit à évacuer l’école, à transporter tous les élèves et les faire embarquer à bord d’un navire. Trouver un refuge alors que la guerre déchirait le monde ne serait pas facile !

Il avait annoncé aux élèves que cette évacuation était nécessaire pour les protéger, mais provisoire : aussitôt que le calme serait revenu, ils regagneraient leur école. En attendant, ils poursuivraient leurs études là où ils allaient se réfugier.

Quitter la Russie n’avait pas été facile. La région de Rostov était assez loin des frontières et la voie de terre était rendue impraticable par la guerre qui régnait en Europe. C’est pour cela que le colonel Kisselev, le directeur de l’école des Cadets, avait choisi l’itinéraire maritime.

Mais pour rejoindre la Méditerranée, la voie maritime devait emprunter le détroit du Bosphore contrôlé par l’empire Ottoman. La révolution signifiait la fin de la guerre, le droit de passage serait sans doute accordé aux réfugiés.

Mais les turcs rechignaient à laisser des réfugiés venant de Russie rejoindre les pays contre lesquels la Turquie était encore en guerre : Il ne fallait par que certains réfugiés reprennent les armes une fois leur voyage terminé. C’est pour cela que l’école ne fut pas autorisée à franchir le détroit et poursuivre son voyage.

Pour accueillir les cadets, un camp de réfugiés fut créé avec l’aide de la Croix-Rouge près d’Antalya, loin des zones de combat et à proximité de la Méditerranée. L’encadrement de l’école était essentiellement composé de militaires inaptes au combat. Ils furent internés. Seul le colonel et une poignée d’employés civils furent laissés avec les enfants.

Le colonel avait une allure impressionnante avec son visage fendu d’un coup de baïonnette allemande. La perte de son bras droit et sa claudication lui avaient valu le retrait du service actif. Sa nomination à la tête de l’école des Cadets était la juste récompense de son héroïsme sur les champs de bataille. On disait parmi les cadets que le colonel avait été blessé en chargeant les mitrailleuses allemandes à la tête de son régiment de cosaques. Ce sacrifice héroïque avait permis de retarder l’avancée des allemands de telle sorte que les renforts étaient arrivés à temps pour arrêter l’offensive et rétablir la ligne de front. Tout ça pour voir la révolution fusiller colonels et généraux !

Le colonel était impressionnant. Sa voix portait loin et ses ordres claquaient dans la cour de l’école lors du rassemblement des Cadets. Les jeunes Cadets n’imaginaient pas lui désobéir et craignaient de commettre une infraction au règlement qui les eut mis en présence de ce général Dourakine ! Mais les Cadets avaient vite compris que sous cet aspect effrayant battait un cœur d’or.

L’invalidité du colonel lui avait valu de rester à la tête de ses élèves dans le camp de réfugiés.

L’école se réorganisa. Les livres étaient restés en Russie et il ne restait plus de professeurs. Les élèves les plus âgés s’occupèrent d’enseigner aux plus jeunes et le colonel lui-même s’attacha à transmettre son savoir aux aînés.

A l’école, les Cadets avaient l’habitude d’un entrainement sportif intensif doublé de l’enseignement des rudiments de la vie militaire. L’entrainement sportif continua et les sabres furent remplacés par des bâtons pour pratiquer l’art du combat.

Dans de telles conditions, la surveillance des élèves était plutôt relâchée. Le camp lui-même n’était pas fermé ou gardé par des soldats : c’était un camp de réfugiés et non un camp d’internement. Aussi n’était-il pas rares qu’un groupe d’élèves fît l’école buissonnière pour aller s’emplir les yeux du spectacle du Souk dans la ville voisine. Incapable de s’y opposer, le colonel se faisait une raison en se disant que les leçons de vie ainsi acquises étaient une autre facette de l’enseignement qu’il prodiguait. Il avait d’ailleurs rendu obligatoire l’apprentissage de la langue turque. En l’absence de professeur, les élèves échangeaient entre eux les bribes acquises ici et là.

Ce jour-là, un groupe d’élèves parcourait le souk, les papilles excitées par les odeurs de fruits et d’épices. La nourriture du camp était bien insipide et peu abondante ! Plus loin devant eux, ils aperçurent un élève plus âgé. Celui-ci se trouvait à proximité d’un étal d’oranges. Georgiev le vit discrètement tendre la main et s’emparer d’une orange avant de s’éloigner comme si de rien n’était. Mais le marchand à l’air endormi était bien plus méfiant qu’il n’en avait l’air. Il avait vu le geste et poussa en turc de grands cris qui sans doute signifiaient « au voleur ! ». Le garçon, comprenant qu’il avait été vu, se mit à courir pour s’enfuir. Mais la foule était dense, et les autres marchands aussi bien que les passants réagirent aux cris et la pression de la foule empêcha le garçon de s’enfuir.

Deux policiers alertés par les clameurs vinrent voir ce qui se passait. Après une courte explication, ils s’emparèrent du voleur et, accompagnés du marchand et suivi par la foule vociférante, ils se dirigèrent vers la place toute proche.

Ce jour là était non seulement un grand jour de marché : les étals étaient bien plus nombreux que d’habitude dans le souk et l’on venait de loin pour acheter provisions, tissus et outils. Mais c’était aussi le jour où la justice était rendue en public. Juché sur une estrade, les magistrats rendaient leur sentence en devant la foule et celle-ci était exécutée sur le champ.

Le Cadet fut déféré devant eux. Le marchand montra l’orange objet du vol et désigna le garçon. Ses paroles furent étouffées par les exclamations de la foule indignée par un tel crime. Le magistrat prononça la sentence. Aussitôt deux grand bras musclés s’emparèrent du Cadet, le trainèrent au bord de l’estrade et sa main fut plaquée sur un billot. L’éclair d’un sabre fut accompagné des acclamations de la foule avide de sang et du hurlement du Cadet. Le sang gicla à gros bouillons et aspergea les premiers rangs.

Un chiffon crasseux servit de garrot improvisé, un vague onguent fut étalé sur le moignon et le Cadet fut remis entre les mains de deux policiers. Le tout n’avait pas pris deux minutes.

Le magistrat avait reconnu dans le garçon un des réfugiés du camp voisin. Aussi, dans sa grande mansuétude, il fit remettre le garçon entre les mains de ses camarades horrifiés qu’il avait aperçus dans la foule. Il expliqua à la foule que justice avait rendue, conformément à la charia. Libérer ce garçon et le rendre à ses camarades causerais chez tous ces infidèles une crainte salutaire propre à leur inspirer le respect dû à leur terre d’accueil.

De retour au camp, tous les soins disponibles furent donnés à la malheureuse victime. Le colonel fit réunir les Cadets.

 Mes chers petits. Votre camarade a commis une tragique erreur. En d’autres temps, son déshonneur aurait été puni de dix coups de knout. Il aurait été renvoyé de l’école et son avenir d’officier aurait été ruiné. Mais votre avenir d’officier a déjà été ruiné par la révolution. Et le knout est une bien tendre punition à côté d’une main coupée. Il n’y aura donc pas d’autre punition. Cette main coupée le désignera toujours comme un voleur. Cette marque d’infamie ne sera jamais effacée. En ce pays, c’est la loi islamique, la charia qui règne. A côté de ça, la discipline de l’école et la discipline bien rude de nos armées peuvent passer pour de la tendresse. N’oubliez pas cette leçon.

Une émotion certaine perçait sous la rudesse du colonel.

Malheureusement la gangrène s’attaqua au moignon du malheureux Cadet. La fièvre s’installa et le Cadet mourut.

Qu’elle était loin la douceur de la sainte mère patrie !

(à suivre)

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9 - Un séjour en Egypte

Message par dhallepee le Jeu 15 Déc - 13:31

La défaite avait frappé au cœur des forces de l’Axe. Le fracas des armes s’était tu. Les forces alliées avaient pris le contrôle des restes l’empire Ottoman.

Pendant que les forces internationales se regroupaient pour aider la Russie à se libérer des forces rouges, les anglais avaient pris en main le sort des réfugiés, des blancs comme on les appelait désormais.

C’est ainsi que l’école quitta la Turquie pour gagner l’Egypte. Elle fut installée dans un nouveau camp de réfugiés de la Croix-Rouge, dans la région du Caire.

Dans ce pays désormais sous contrôle des britanniques, la zone habitable se réduisait essentiellement à une étroite bande de terre fertile autour du Nil. Si l’on tenait compte de la partie inondable, la partie constructible était plus étroite encore. C’est là, à la limite du désert, que fut installé le camp.

Les conditions étaient difficiles. La nourriture était chichement mesurée dans cette pénurie d’après-guerre. La déserte en eau n’était pas abondante. Et la chaleur devenait progressivement insupportable au fur et à mesure que l’été gagnait du terrain.

Mais la vue sur les pyramides toutes proches était imprenable !

Avec le transfert en Egypte, les derniers adultes avaient quitté le groupe. Seul restait avec eux le colonel. Il s’était promis de rester avec eux jusqu’à ce qu’ils aient gagné leur destination finale, France ou Angleterre, et qu’ils aient tous trouvé leurs conditions d’accueil.

Dans ces conditions, le programme d’enseignement était encore plus rudimentaire. Dans un pays plein d’une telle richesse historique, le colonel regrettait de ne pas avoir eu une formation d’égyptologue aux armées, poste qui de toute façon n’avait pas existé dans l’armée du tsar. Les Cadets furent donc priés de glaner auprès du peuple égyptien et des forces britanniques toutes les informations disponibles au sujet de ce riche passé égyptien et de partager avec les autres Cadets les informations ainsi recueillies. Sur ces mêmes bases, les élèves apprirent l’égyptien et l’anglais après avoir appris le turc.

Par manque d’encadrement, l’enseignement militaire fut abandonné. Cet abandon signifiait aussi que nul n’espérait plus le retour au pays.

Au Caire, il y avait une forte population Copte. A la demande du colonel, les églises Coptes ouvrirent leurs portes aux élèves. Ceux-ci étaient de religion orthodoxe, mais en pays musulman, les différences entre obédiences chrétiennes perdaient leur importance. Après plus de deux ans sans clergé, l’église copte représenta un vrai soulagement.

Grâce à son grade, le colonel s’était fait quelques relations parmi la hiérarchie britannique. Ces relations lui permirent de disposer de temps à autre de chevaux et de chameaux pour aller visiter les richesses historiques des alentours.

Georgiev fit partie du groupe de volontaire qui allait découvrir Sakkarah.

Le réveil eut lieu à trois heures du matin afin d’être partis avant le lever du soleil et de profiter des heures fraîches avant que l’ardeur du soleil ne rende toute protection pénible. De toute façon, la discipline militaire les avait habitués à se lever très tôt les jours consacrés à l’exercice. Les élèves harnachèrent qui son chameau, qui son cheval. Chacun emportait un peu de nourriture et trois bidons d’eau.

A cette heure matinale, la fraicheur de la nuit était plus que tonique. Chacun avait enfilé de chauds vêtements, reliquats bien usés de leurs uniformes d’hiver. La troupe se forma et suivi le guide.

A la sortie du camp, Abdullah le guide se dirigea vers les pyramides. La zone fertile s’arrêtait brusquement pour laisser place au désert. A cette heure où les premières lueurs du jour perçaient timidement la pénombre, les pyramides avaient l’air de trois grandes masses sombres indistinctes. La petite troupe contourna le site et d’engagea dans le désert.

L’itinéraire était simple : il suffisait de suivre le cours du Nil jusqu’à Sakkarah. En choisissant de se déplacer à quelques centaines de mètres du fleuve, l’itinéraire était des plus dégagés puisqu’on se retrouvait déjà en plein désert. Mais malheur à l’imprudent qui s’écartait tant soit peu de la bonne direction : il ratait sa destination et se dirigeait vers le désert profond.

Avec le jour vit la chaleur. La troupe enleva ses vêtements chauds et se protégea contre les rayons du soleil. Depuis leur arrivée en Egypte, ils avaient appris que le désert n’était pas leur ami et que le moindre bout de peau méritait d’être protégé.

Le paysage n’était qu’une vaste étendue de sable. La vue était coupée par une succession de petites dunes que chevaux et chameaux franchissaient l’une après l’autre. En haut des plus grandes dunes, la vue montrait encore une succession de dunes. Mais le Nil restait proche sur la gauche derrière les dunes. Abdullah leur montra les rares signes qui montraient que l’eau était proche.

Evidemment, on était encore à proximité du Nil. Les dunes ne dépassaient pas une vingtaine de mètres. On était loin des 500 mètres des plus hautes dunes de Sahara.

Le paysage était monotone. Abdallah connaissait la piste par cœur. Il se repérait à des signes imperceptibles aux Cadets. La taille et la position des dunes n’étaient d’aucune utilité : celles-ci changeaient dès que le vent soufflait. Les grandes dunes du désert profond parcourraient plus de cent mètres par an : de quoi brouiller tous les repères.

Le soleil était maintenant suffisamment haut dans le ciel. Le soleil était d éjè éblouissant. La chaleur commençait mais était encore supportable.

 Yallah !

Le guide prit le galop, suivi par les Cadets. Le vent du désert, la sécheresse de l’air et l’odeur des chevaux et des chameaux en sueur avaient un effet enivrant.

Le vent cinglant le visage des Cadets leur rappelait leurs chevauchées dans les plaines du Don. Ces petits chevaux arabes étaient bien différents des chevaux cosaques qui, eux, étaient habitués aux grands froids.

Ceux qui montaient des chameaux se cramponnaient à leur selle, cherchant à s’habituer à cet étrange basculement chaloupé qui était bien différent du galop des chevaux.

 Hé, Georgiev, toi qui a appris quelques mots de français, sais-tu comment ils appellent ces bêtes.
 Oui, les français appellent ces chameaux à une bosse des dromadaires.
 Ce n’est pas comme les anglais qui les appellent « camel », qu’ils aient une ou deux bosses !
 Bah, tu vois bien que nous même, nous sommes obligés de préciser « chameaux à une bosse ».
 Il faut dire qu’il n’y en a pas beaucoup chez nous.
 Ça ne vaut pas un bon cheval cosaque !

A cette allure, il ne fallut pas longtemps pour apercevoir la pyramide à degrés de Sakkarah. Après tout, elle n’était qu’à une vingtaine de kilomètres du Caire.

Moins grande que les trois grandes pyramides de Gizeh, la pyramide de Djoser restait impressionnante. Elle était constituée de cinq degrés successifs. On disait de c’était la première pyramide jamais construite et que sa forme particulière était due au manque de maîtrise des techniques de construction de l’époque. C’est le génie d’Imothep qui avait permis cette construction et qui avait ainsi ouvert la voie à la construction de toutes les pyramides d’Egypte.

Les Cadets descendirent de leurs montures et les confièrent à Abdullah. A cette heure matinale, on n’entendait que le bruit du vent et le craquement des vieilles pierres s’éveillant sous le regard de Râ.

Les Cadets allèrent à la découverte des alentours.

Avant la guerre, de savants égyptologues de France, de Grande Bretagne et d’Allemagne avaient étudié les lieux et commence des fouilles. Selon eux, une gigantesque nécropole s’étendait sous les sables et tout restait à découvrir. Avec la guerre, les fouilles avaient été suspendues. A cette heure matinale, le site était désert.

Les alentours immédiats de la pyramide étaient un mélange de sable et de cailloux. L’œil acéré de Pavel aperçu une forme inhabituelle. Il se baissa. C’était une pointe de flèche couverte d’un oxyde d’une couleur bleutée.

Georgiev s’éloigna de ses camarades. Il s’écarta de la pyramide pour se trouver un instant loin de tout, avoir une impression d’être en plein désert. Le silence était impressionnant. La grandeur de l’univers et la fragilité de la vie dans un environnement aussi hostile donnaient une impression quasi mystique. La bible faisait référence à cette impression indescriptible, mais ne pouvait transmettre une impression qu’on ne pouvait ressentir qu’au contact du désert. Là seulement on pouvait comprendre la puissance qu’un prophète pouvait tirer de son contact avec le désert. Rien d’étonnant que les trois grandes religions monothéistes provient de cette partie du monde.

Ce que Georgiev ignorait, c’était que le Sahara était aussi le lieu de la dernière bataille, celle qui avait vu s’affronter les elfes et l’ennemi, celle qui avait vu mourir la magie. Tant d’années après, les lieux étaient encore chargés des derniers effluves magiques et parlaient à ceux qui étaient réceptifs.

Georgiev s’éloigna encore et se sentit guidé vers le bas d’une concrétion rocheuse. Une ouverture peu visible donnait accès à l’intérieur. Georgiev s’y introduit prudemment.

L’intérieur était baigné par un improbable halo lumineux. Sitôt passé l’étroite salle qui servait d’entrée, on se trouvait dans des couloirs rectilignes aux murs couverts de bas-reliefs et d’écritures hiéroglyphiques bien abimées par les ans. Georgiev décida d’explorer ce qui pour lui avait l’air d’un temple sous-terrain. Il déboucha dans une vaste salle. Les bas-reliefs y étaient encore en très bon état. Les hiéroglyphes y étaient encore colorés.

Près de l’entrée figurait une scène de chasse aux oiseaux dans les marais des bords du Nil. Pharaon y était armé d’un bâton de chasse et un chat ocre moucheté de noir tenait un oiseau dans sa gueule.

Plus loin, des scènes domestiques montraient tantôt Pharaon, tantôt la reine dans leurs différentes activités publiques ou privées. Et sur chaque scène figurait un chat calmement installé sous le trône de Pharaon ou veillant sur les activités humaines d’un air protecteur. Dans l’une de ces scènes, une femme à tête de chat au sistre à la main se tenait debout derrière Pharaon, l’air tout à la fois de le protéger, de le surveiller et de le conseiller.

Sur l’autre mur était représentée une grande scène de bataille traversée de ce qui semblait représenter des traits de lumière zigzagant et qui mettait aux prises d’étranges êtres lumineux aux oreilles pointues et de sombres êtres aux allures de dangereux carnassiers.

Sur le mur du fond, était représentée une étrange femme au corps allongé et aux oreilles pointues, penchée vers un félin dont le regard levé vers elle réussissait à montrer tout l’amour du monde !

Une voix venues du fin fond des âges résonna dans la tête de Georgiev.

 Contemple l’histoire de Bastet. Son peuple réfugié d’un monde lointain jamais ne perdit espoir. Les temps ont passé, l’Histoire s’est écrite, le peuple de Bastet est devenu le peuple félin, et quand le moment sera venu, le peuple de Bastet reprendra sa place.

Malgré l’étrangeté de la situation, Georgiev ne douta pas d’être réellement en présence d’une puissance inconnue.

 Va. Si tu choisis le chat, Chat te choisira peut-être.

La lumière commença à baisser. Georgiev se dépêcha de sortir avant de se retrouver dans l’obscurité. Une fois revenu à l’air libre, Georgiev se retourne. L’entrée avait disparu.

Georgiev trouva dans le sable une amulette en forme de chat assis. Un anneau lui permit de passer un lacet pour le mettre autour de son cou.

Georgiev rejoignit les autres Cadets. Nul ne le croirait. Aussi Georgiev décida de ne rien dire.

La petite troupe regagna les montures et, guidée par Abdullah, elle retourna vers Le Caire.

Le temps passa. Après la guerre, les années folles bouleversèrent les habitudes. La révolution russe n’intéressait déjà plus personne et les réfugiés attendaient dans leur camps sans que personne ne se soucie plus de leur avenir.

Déjà, la plupart des Cadets les plus anciens s’étaient enfui du camp pour essayer de ce bâtir un avenir incertain dans cet orient mystérieux.

Le colonel continuait à se démener pour ses enfants. Nul ne croyait plus en un improbable accueil dans les Iles Britanniques. Jamais l’école ne s’installerait à Oxford ou Cambridge.

C’est vers la France que s’étaient tourné ses espoirs. L’amitié franco-russe n’avait pas été un vain mot. La France avait maintes fois promis son accueil et les Cadets pourraient reprendre leurs études dans les prestigieuses universités françaises ! Mais le temps passait et rien de concret ne vint à l’appui de ces belles promesses.

Le 21 janvier 1924, anniversaire de la mort de Luis XVI, fut aussi le jour de la mort de Lénine. Pure coïncidence, ce fut le jour où le colonel fut enfin informé que la France accordait asile à ses Cadets. Depuis 1917, plus des trois quarts avaient choisi une autre voie, désespérant de voir leur sort se régler un jour. Ceux qui restaient voyaient leurs efforts enfin récompensés : la France leur ouvrait à la fois son cœur et ses universités. Ils allaient reprendre leurs études et leur avenir était assuré.

Pour des raisons administratives obscures, le colonel n’était pas du voyage. Il leur fit ses adieux sur les quais du port d’Alexandrie, là où le grand Phare avait éclairé le monde. On dit que quelques belles égyptiennes pleurèrent au départ du bateau.

Quelques jours plus tard, le bateau les déposait à Marseille. Sur les quais, seuls quelques chats errants les accueillirent. De là, après quelques formalités administratives, ils furent placés dans des fermes comme ouvriers agricoles.

Somme toutes, leur sort valait bien celui des nombreux taxis russes de la capitale…

Mais ils étaient libres, loin de la révolution. La construction de leur avenir était entre leurs mains.

(à suivre)

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10 - Cadet de la république

Message par dhallepee le Jeu 15 Déc - 13:32

 Luke ! nous sommes reçus tous les deux !

Luke s’empressa de consulter le panneau d’affichage où étaient les résultats au concours d’entrée à l’Ecole Polytechnique. Eric avait raison : son nom était là en toutes lettres, et celui d’Eric, son ami d’enfance, figurait un peu plus bas ! Reçus ! La récompense de deux années d’efforts intensifs ! Bien des familles seraient fières de savoir que leur enfant allait entrer dans la plus prestigieuse des écoles françaises.

Pour une famille modeste comme la sienne, c’était la consécration : la République avait reconnu la valeur d’un de ses membres et promettait d’assurer son avenir en lui décernant l’un de ses plus beaux diplômes.

Pour Luke, c’était aussi une revanche de l’histoire. Polytechnique n’était pas seulement la plus prestigieuse des écoles d’ingénieur, c’était aussi une école d’officiers. Même si à sa sortie la plupart des élèves choisissaient des carrières civiles, on en sortait officier. Pour Luke, c’était le pendant républicain des écoles de Cadets du tsar. Ah, si son grand-père avait pu voir ça !

(à suivre)

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L'héritage de bastet

Message par gigi delattre le Ven 16 Déc - 16:20

C'est une histoire passionnante qui nous fait voyager dans le temps et dans l'espace avec des références historiques, bibliques, sans oublier la petite pointe d'humour, et l'on va de surprises en surprises... En un mot, tout au long de la découverte de l' héritage de Bastet, la magie ne nous quitte jamais!

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11 - Saumur

Message par dhallepee le Mar 14 Fév - 1:54

Il faisait chaud en ce mois de juillet dans les tribunes dressées devant l’école de Cavalerie de Saumur. C’était le carrousel annuel, nième édition de ce magnifique spectacle en l’honneur du cheval, digne compagnon de l’homme.

L’adoption du char avait sonné la fin du cheval dans les armées modernes, mais les missions étaient restées les mêmes avec d’autres moyens, et c’est tout naturellement que l’arme blindée avait continué à s’appeler Cavalerie. Si les régiments avaient perdu leurs chevaux, l’école de Saumur les avait conservés pour l’éducation de ses jeunes officiers. Le Cadre Noir, en charge de conserver les acquis de l’art équestre français, entretenait toujours des liens privilégiés avec l’Ecole. Le carrousel était une manifestation commune des traditions cavalières.

En sortant de Polytechnique, Luke avait choisi de faire une carrière d’officier. C’est peut-être en souvenir du passé cosaque de sa famille qu’il avait choisi l’Arme Blindée Cavalerie.

Le destin n’avait pas voulu qu’il restât dans l’armée : un grave accident lui avait valu d’être réformé comme un cheval devenu inapte au service.

Mais sa brève carrière militaire l’avait conduit à passer à Saumur une des plus belles années de sa vie dans une ambiance baignée de tradition cavalière. Cette année s’était terminée en apothéose : les sous-lieutenants de l’école montraient une partie des acquis de leur enseignement en participant au carrousel par des spectacles à cheval et en moto. Enseignement moderne, respect des traditions et art du spectacle se conjuguaient pour faire de ce moment le point fort de l’année.

C’est ainsi que Luke avait en son temps participé aux évolutions à cheval puis en moto lors du carrousel. Aujourd’hui, bien des années plus tard, il revenait à Saumur comme spectateur.

Le spectacle commença par les démonstrations équestres des sous-lieutenants. Plusieurs cavaliers s’élancèrent au grand galop pour pointer de leur lance de minuscules anneaux figurant leur cible. Derrière eux, d’autres cavaliers chargeaient et de leur sable piquaient et sabraient des têtes en carton-pâte. Enfin la charge suivante consistait à tirer au pistolet (chargé à blanc) sur des ballons de baudruche figurant des têtes. Cet exercice était un bref résumé des techniques guerrières de nos cavaliers d’autrefois dont les charges avaient un rôle important dans les batailles.

Puis vint le spectacle des motos. Les sous-lieutenants montraient leur habileté en évoluant sur des plans inclinés, des planches à bascule, en sautant à travers des cercles de feu, en adoptant à deux des poses acrobatiques, en faisant le poirier sur la fourche ou en montant à vingt sur une antique Harley-Davidson.

Suivit une évolution d’une centaine de sous-lieutenant à cheval évoluant au botte à botte en figures compliquées s’entrecroisant sous les yeux du général, de l’encadrement de l’école et du public.

L’évolution de même type en moto qui s’ensuivit avait l’air tout aussi facile tant l’aisance des sous-lieutenants faisait oublier la difficulté.

La carrière fut ratissée pour que les empreintes des chevaux s’inscrivent dans la poussière, ce qui mettrait en évidence les éventuelles imperfections de la suite du spectacle. Un chat traversa la carrière, s’assit en face des tribunes, fit un brin de toilette, regarda dans la direction de Luke et s’en alla.

Enfin, c’était le clou du spectacle : la fameuse reprise du Cadre Noir. Les écuyers et les sous écuyers en uniforme noir à boutons doré évoluaient dans la carrière, faisant voltes, demi-voltes, doublés dans la diagonale ou la longueur, aux différentes allures, se croisant et se rassemblant, s’adonnant à de franches accélérations d’allure. Mais surtout ils faisaient ces étranges choses qu’un cavalier ordinaire a bien du mal à maîtriser : appuyés, tour sur l’épaule, tour sur la hanche, reculer, piaffé. La précision était telle que la poussière de la carrière voyait s’inscrire les empreintes des 12 chevaux en une trace unique parfaitement rectiligne, montrant ainsi la rigueur de l’entrainement et la perfection de l’exécution.

La reprise de dressage était suivie de la reprise des sauteurs : des chevaux de fort gabarit étaient priés par leur cavalier d’exécuter cabré, croupade et cabriole. Les spectateurs avertis se demandaient comme toujours si le plus difficile était de faire exécuter ces acrobaties par le cheval ou de rester en équilibre sur celui-ci.

 Bravo, wonderful !

Tout au long du spectacle, la jeune fille assise à côté de Luke avait montré son enthousiasme. Elle éclatait maintenant en cris de joie comme seules les américaines savent en pousser.

 Je vois que le spectacle vous a plu.
 Oh oui, beaucoup ! J’adore les chevaux.
 C’est la première fois que vous assistez au carrousel ?
 Oui. Viens de terminer ma première année d’études en France et je profite des vacances pour visiter. Comme j’ai une passion pour les animaux, j’ai décidé de programmer ma visite des châteaux de la Loire au moment du carrousel.
 C’était une excellente idée. Peut-être aimeriez-vous voir quelques acteurs de ce spectacle, je parle des acteurs à quatre pattes, bien sûr.
 Aller voir les chevaux ? ce serait super.
 Ceux du Cadre Noir ont déjà regagné l’Ecole Nationale d’Equitation, à quelques kilomètres d’ici. Mais les chevaux des militaires logent dans les écuries de l’Ecole de Cavalerie, juste devant nous. Nous pouvons aller les voir dans leurs boxes.

 Et fort de sa connaissance des lieux, Luke promena la jeune fille dans le vaste complexe d’écuries et de manèges de l’école, lui faisant en passant un petit topo sur l’école de Cavalerie dédiée aux arts militaires et l’école Nationale d’Equitation, dédiée au noble art du cheval, écoles qui avaient partagé un passé commun et s’étaient engagées dans des avenirs séparés tout en partageant un même amour du cheval.

Kelly, la petite américaine était d’une famille française émigrée aux Etats-Unis au dix-neuvième siècle, les Bergeron. Elle était venue faire une partie de ses études en France pour se rapprocher de son petit ami français. Pour l’instant celui-ci terminait un stage et Kelly était impatiente de le rejoindre dans quelques jours.

Après avoir visité les chevaux dans leurs boxes, Kelly et Luke allèrent dîner à la crêperie d’Aliénor ainsi dénommée en hommage à Aliénor d’Aquitaine, épouse d’Henri II Plantagenet, les suzerains du Saumurois qui avaient vécu au château de Saumur et gisaient à présent en l’abbaye de Fontevrault, quelques kilomètres plus loin, en compagnie de leur fils Richard Cœur de Lion.

Rassasiés de galettes de sarrasin jambon, œuf, fromage arrosées de cidre et de galettes de froment au chocolat, ils se racontèrent leurs vies qui les avaient fait se rencontrer en ces lieux chargés d’histoire et berceau de la haute équitation à la française.

Kelly était passionnée d’animaux. Elle possédait deux chevaux sauvés de l’équarrissage, un âne, des coqs, des poules, des canards, des oies, des lapins, un gros chien, deux chèvres et un dindon qui avait décliné l’invitation à Thanks Giving et pesait près de 15 kilos. Et surtout, Steve et Becki, les parents de Kelly, élevaient des chats maus égyptiens.

Luke ne connaissait pas grand-chose aux chats. Il n’avait jamais entendu parler de cette race. Kelly lui parla avec passion de ce chat originaire d’Egypte, descendant des chats de Pharaons et dont la race avait été introduite aux Etats-Unis par une princesse Russe. La passion faisait briller les yeux de Kelly et le feu de ses paroles donnait vie aux rêves félins qu’elle évoquait. Devant les yeux de Luke défilait venus de l’Egypte antique une cohorte de chats mouchetés, portant les couleurs que citait Kelly comme étant les seules authentiques : Le mau bronze, redoutable chasseur d’oiseaux dans les marais du Nil ; le mau silver qui pratiquait la sieste au soleil pour faire jouer les rais de soleil dans l’argent de son pelage ; le mau black smoke dont les marques fantômes combinent les ombres et les lumières pour se glisser invisible dans la végétation ; enfin le mau noir, fils préféré de Bastet, modèle incontesté de toutes les statuettes égyptiennes, incarnation de la pure noblesse féline.

Ce soir là, les rêves de Luke furent peuplés de chats, de pyramides, de pharaons, de femme à tête de chat.

(à suivre...)

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12 - Le voyage en Egypte

Message par dhallepee le Mar 14 Fév - 1:56

Surgi du passé
Fils du Nil et du Désert
Chat veille sur nous

La rencontre à Saumur avait marqué le début d’une grande amitié avec Kelly et sa famille. Luke avait hâte que ses affaires le conduisent du côté de Philadelphie.

Cette rencontre avait aussi éveillé l’intérêt de Luke pour la gent féline. Jusqu’ici, il avait peu fréquenté les chats, mis à part lors de la réunion familiale annuelle chez son grand-père Georges. Ce jour là, le compagnon félin du moment délaissait le grand-père, d’ailleurs fort occupé par les préparatifs du repas, pour récolter auprès des uns et des autres son quota de caresses qu’il récompensait d’un ronron savamment modulé.

Luke se rappelait aussi les étranges histoires égyptiennes que parfois son grand-père racontait. Le talent de conteur de celui-ci en faisait un grand moment de plaisir malgré l’incrédulité qu’avait toujours manifestée son auditoire.

De son grand-père, tout ce qui restait à Luke, c’était ces merveilleuses histoires ainsi qu’une amulette en forme de chat montée en pendentif.

C’est pourquoi cette histoire d’élevage de chats d’Egypte avait évoqué en Luke un fort parfum d’enfance. Du coup, il s’était documenté sur cette race peu connue. Ainsi, il avait appris qu’une princesse russe exilée, la princesse Troubetzkoï, avait recueilli des chats d’origine égyptienne durant son séjour à Rome en 1954. Une princesse russe ! Cela aussi avait un parfum d’enfance. Luke sentait son imagination s’illuminer de l’éclat des ors impériaux, bien qu’il fût issu d’une famille bien modeste.

En 1956, la princesse russe était partie s’installer aux Etats-Unis. Elle emmenait avec elle trois maus, Baba, Jojo et Liza. Elle fonda la chatterie Fatima et fit connaître le mau égyptien. Tous les maus d’aujourd’hui descendaient de ces trois sujets.

Une histoire bien intéressante mais qui était bien loin de ce courant particulier que l’on ressentait lorsque l’on rencontrait le regard lumineux de ce chat, un regard vert groseille-à-maquereaux disaient les spécialistes.

La robe mouchetée de ces chats évoquait une l’allure féline et discrète d’un prédateur se glissant entre les roseaux pour fondre sur l’oiseau imprudent qui ne l’avait pas vu. Quand Luke croisait le regard d’un de ces chats, il allait jusqu’à imaginer un homme d’allure royale abattant des oiseaux d’un jet de bâton. Parfois Luke se demandait d’où il tenait une telle imagination.

Cet été là, Luke s’était organisé un petit voyage en Egypte, à la rencontre des civilisations englouties dans les sables du passé et du Sahara. Luke avait choisi un séjour en basse saison avec les Voyages Ramsès. Avec cette offre particulièrement attractive, il allait séjourner une semaine au Hilton du Caire et de là, il pourrait visiter le musée d’Egyptologie du Caire, les pyramides, Sakkarah et de nombreux sites alentours. Une plongée au cœur de la culture antique. A cette saison, il y avait peu de touristes et le climat déjà chaud restait supportable.

Luke avait promis à Becki et Steve de photographier les chats du Caire et de leur envoyer les photos. Le voyage de Luke les faisait rêver mais ils n’envisageaient en aucun cas de se rendre eux-mêmes en Egypte : tous voyage en pays musulman était réputé dangereux pour les américains. Dommage : ils auraient tant voulu séjourner au pays de Bastet et, pourquoi pas, ramener un authentique chat d’Egypte. Mais un tel rêve leur était inaccessible.

Inconscient comme seul un français sait l’être, Luke avait visité à pied les souks, les marchés et les quartiers populaires du Caire. Il suffisait de sortir de l’hôtel et l’on avait l’embarras du choix en taxis. Des voitures blanches et noires d’âge vénérable, au confort très relatif, avec un chauffeur qui ne parlait en général pas du tout le français et très mal l’anglais. Il fallait réussir à lui expliquer sa destination, marchander le prix et obtenir qu’il attendît pour le retour. Après, la circulation du Caire était assez éprouvante et l’on ne cessait de se demander comment on avait réussi à éviter tant d’accidents en si peu de temps !

Dans les souks, il fallait bien sûr éviter les boutiques installées à l’entrée : elles étaient spécialisées dans le touriste trop pressé ou trop craintif pour pénétrer au cœur du monde arabe. Mais au-delà, c’était le cœur de l’orient qui bâtait. Les boutiques largement ouvertes au chaland étaient encombrées des marchandises les plus diverses. Les senteurs des parfums de l’orient baignaient la boutique aux flacons de parfum aux formes élégantes et effilées dignes des plus belles hétaïres. A quelques pas, les senteurs des épices attiraient vers des étals où les montagnes de poudres colorées évoquaient d’improbables recettes. C’est là aussi que l’on trouvait la poudre de henné qui d’une belle égyptienne ferait une merveille aux cheveux couleur du soleil couchant. Plus loin, les chichas répandaient les senteurs parfumées du tabac. Les bazars proposaient tous les produits de l’artisanat local. Les précieux tapis d’orient invitaient à rêver d’un improbable repos devant un thé à la menthe sous la tente d’un cheik du désert. Et parfois, au fin fond d’une boutique ou sur les genoux d’un marchant : un chat contemplant tant de vaine agitation.

Luke alla aussi là où le touriste ne mettait pas les pieds : les marchés des quartiers populaires. Les étals montraient les montagnes de légumes cultivés sur les terres enrichies par les inondations du Nil. Bien sûr, elle était révolue l’époque des inondations depuis la construction du barrage d’Assouan, mais des milliers d’années de crue avaient laissé tout le long du Nil une étroite bande de terre très riche qui suffisait pour nourrit toute la population d’Egypte. On trouvait aussi les volaillers chez qui vous choisissiez votre volaille vivante, volaille qui était abattue à l’instant, plongée dans un grand fût d’eau chaude pour être plumée puis vidée. Plus loin, le poissonnier écaillait et vidait ses poissons au fur et à mesure en jetant les déchets directement au sol sous son étal. Dans ces conditions, la population féline faisait bombance sous l’étal du volailler et celui du poissonnier. Par contre, l’attirance de l’étal du boucher était fortement tempérée par la vigilance de celui-ci.

Un peu à l’écart, les chats déjà repus faisaient la sieste au soleil, choisissant des positions ensoleillées qui leur permettaient à la fois de veiller sur leurs protégés humains et d’éviter sans effort toute tentative d’affection trop démonstrative.

Parmi les chats circulaient des petits rongeurs couleur des sables : des belettes. Les chats disposaient de sources de nourriture abondante, aussi ne s’intéressaient-ils pas à ces rongeurs qui eussent pu être un met délicat en d’autres circonstances.

Luke remarqua que les meilleurs emplacements, les meilleurs postes de surveillance, les positions les plus dominantes et les plus stratégiques étaient invariablement occupées par des chats bruns à la robe mouchetée. Alors que le reste de la population féline s’agitait frénétiquement dans sa quête de la nourriture, ces seigneurs arboraient le calme d’une position stratégique et la noblesse d’une attitude protectrice. Luke apprit que ces seigneurs étaient surnommés chats pharaoniques.

Une fois sensibilisé à la présence de ces chats, Luke remarqua leur présence discrète un peu partout au Caire. On aurait juré que c’était eux les seigneurs de la ville et qu’ils veillaient sur le tout venant humain et félin. Mais un chat ne se comporte pas ainsi, bien sûr. Luke remarqua aussi que ces chats étaient quasiment impossibles à approcher. Ils ne fuyaient pas, non, mais quand on arrivait à portée, le chat avait calmement changé d’emplacement, continuant à dominer le théâtre du monde depuis un nouvel emplacement inaccessible.

Pensant à ses amis américains, Luke avait voulu savoir si l’on pouvait avoir un tel chat. Le chauffeur de taxi avait traduit sa demande et aussitôt une nuée de gamins s’était dispersée dans le marché pour lui ramener un chat. Les animaux qui lui furent présentés étaient des pauvres bêtes traumatisées par tant d’agitation, miaulant, griffant, montrant les dents et présentant toutes la gammes de motifs et de couleurs des chats des rues mise à part celle des chats pharaoniques…

 Taxi, sir.
 Taxi, messié.
 Taxi, pyramides, pas cher.
 Taxi, pyramids, ten pounds.

Le choix de Luke se porta vers un homme à l’apparence calme qui put lui répondre dans un anglais tout à fait compréhensible teinté d’un agréable accent chantant du désert. Il s’avéra que Luke était tombé sur un des rares chauffeurs de taxi coptes.

Aujourd’hui, Luke voulait visiter les pyramides et le sphinx. Mais le choix du taxi était important car Luke voulait aussi se renseigner afin de faire une excursion à cheval dans le désert. Les récits de son grand-père résonnaient encore à ses oreilles et il voulait connaître à son tour cette expérience unique qu’est la confrontation avec le désert.

Bien sûr, Raffat connaissait plein de monde (connaissez-vous un arabe incapable de vous proposer une solution ?) et ne manqua pas de proposer une excursion à Sakkarah, tout en soulignant qu’en taxi c’était aussi possible.

Mais Luke voulait le cheval, le désert et un bivouac de nuit. Il lui semblait que la nuit dans le désert était une expérience quasi mystique qui lui ferait mieux comprendre les écrits des prophètes des temps passés. Alors, Raffat lui suggéra une excursion à Tel Basta près de Zagazig, l’antique Boubastis, cité de la déesse Bastet, située à environ quatre-vingts kilomètres au nord-est du Caire.

Un départ dans l’après-midi permettrait de bivouaquer à Boubastis puis, après la visite du site, de regagner Le Caire dans la journée. L’excursion promettait d’être un moment inoubliable. Luke ne pouvait prévoir à quel point…

 Yallah !
 Yallah !

Luke faisait la course avec Farid, son guide. Son petit cheval arabe bai brun foncé se donnait à fond, dépassant d’une courte tête le gris pommelé de Farid.

En ce début d’été, il avait fallu attendre que la chaleur de midi se soit un peu dissipée avant d’entamer la traversée du désert. Les siècles d’expérience avaient appris aux égyptiens les vertus d’une allure régulière. Une longue marche au pas des avait rapproché Luke de sa destination. Le soleil était déjà bas sur l’horizon et la température avait baissé, permettant aux deux cavaliers de se défouler enfin en un galop endiablé.

L’enthousiasme de Luke et son passé de cavalier lui permirent de garder la tête un bon moment. Mais l’expérience du désert de Farid l’aidait à choisir un tracé où le sable était un peu moins meuble, la pente des dunes un peu plus douce, lui permettant ainsi d’économiser les forces de sa monture. Luke se tournait régulièrement vers Farid afin de s’assurer qu’il gardait la bonne direction : un petit écart pouvait lui faire manquer Bubastis et le guider plus profond dans le désert… Ce faisant, Luke perdait chaque fois un peu de son impulsion.

Petit à petit, Farid remonta son retard. Ils galopèrent tous deux côte à côte pendant un moment puis Farid pris la tête. Arrivé en haut d’une grande dune, Farid repassa au pas, laissant les chevaux reprendre leur souffle. Leur robe luisait de sueur, mais pas de danger qu’ils prennent froid tant que la nuit ne tombait pas.

Le soleil rasait l’horizon. La nuit ne tarderait pas. Mais au sommet de la nuit suivante, Luke aperçut Zagazig. Tel Basta, l’antique cité de Boubastis. N’était plus loin.

A cette heure matinale, le soleil était encore bas sur l’horizon et il n’avait pas encore chassé la fraîcheur de la nuit. Bientôt, la température monterait, forçant les montures à s’arrêter.

Au moment d’arriver à l’endroit prévu pour le bivouac, la nuit tomba sans transition. Luke et Farid descendirent de cheval.

Tout ce qui était nécessaire pour le bivouac avait emporté à dos de cheval. Les chevaux furent entravés afin qu’ils puissent vaquer dans les environs sans trop s’éloigner. Farid leur donna de l’eau et de la nourriture puis prépara le feu.

Avec la nuit, la température descendait rapidement et la chaleur du feu fut vite bienvenue. Mélangeant l’eau et la farine, Farid prépara une pâte qu’il tourna en fines galettes à la façon d’un pizzaiolo. Du bout du pied, il sortit du feu les pierres qu’il y avait mises et posa les galettes sur celles-ci, obtenant rapidement de délicieux pains. Un poulet fut ouvert en deux, fixé à une branche en fourche et mis à griller. Une gamelle de semoule fut mise à réchauffer.

Ce repas simple et délicieux fut accompagné d’une eau qui était la bienvenue après cette excursion dans le désert.

Par delà la dune de sable, on voyait une rougeur dans le ciel. Celle-ci indiquait que des bédouins avaient établi leur bivouac. Farid et Luke allèrent leur rendre visite.

Les bédouins étaient peu nombreux. Ils avaient dressé leur unique tente et près de celle-ci reposaient un dromadaire et un âne.

Sous la tente, des tapis couvraient le sol et des coussins soigneusement disposés promettaient un confort accueillant. Profondément enfoncé au cœur des coussins, un très vieil homme leur souhaita la bienvenue et fit un signe. Une femme voilée apporta aussitôt des verres et servit du thé à la menthe. Deux enfants jouaient au fond de la tente. Un chat était lové au cœur des coussins.

Le vieil homme tassa du tabac dans le bol d’un narguilé, plaça celui-ci au dessus du cendrier et y disposa un morceau de braise soigneusement choisi. Il porta l’embout du tuyau à sa bouche et inspira plusieurs fois, faisant rougeoyer le charbon afin que le tabac pût prendre. Le glouglou de l’air à travers le réservoir troubla le silence du soir. Une odeur de tabac et de miel envahit la tente. Le vieil homme tendit le tuyau à Luke.

Le chat s’était redressé sur son coussin et fixait son regard lumineux sur Luke. Le vieil homme regardait cet échange muet.

La conversation s’engagea en arabe entre le vieil homme et Farid. Bientôt le vieil homme se tourna vers Luke et s’adressa à lui. Farid traduisit les échanges entre Luke et le vieil homme dans un anglais approximatif.

 Ainsi, vous venez visiter Boubastis !
 Oui, on m’a dit que c’était un site très intéressant.
 Très intéressant, oui. C’est là que se situait la ville sacrée de la déesse.
 De la déesse ?
 De la déesse Bastet, la Grande Protectrice du peuple chat, celle qui veille sur nos joies et qui protège les femmes en couche, celle grâce à qui Chat intercède pour nous au pays des morts.
 Oui, j’ai entendu parler de la légende.
 De la légende ! Tu es bien jeune et bien ignorant mon ami. Les sables du désert recouvrent des siècles de sagesse qui sont à portée de celui qui sait regarder. Mais bien peu en sont dignes.
 C’est certain que nous avons beaucoup à apprendre de notre passé. Mais de là à affirmer au pays du prophète que les dieux d’Egypte ont existé…
 Les dieux, peut-être pas. Mais Bastet est réelle. J’ignore si elle est déesse, mais elle parcourt les terres depuis des temps immémoriaux et protège nos destinées. Du plus loin que je me souvienne, je suis un de ses serviteurs.
 Vraiment ? D’où la présence de ce magnifique chat.
 Tu l’as remarqué. Mais lui aussi t’a observé ! Il semble y avoir quelque chose en toi qui l’attire. Ce chat est mon lien avec la déesse. Peut-être a-t-elle posé sur toi son regard ?
 Si ce chat est votre messager, vous avez dû changer plusieurs fois de messager : un chat ne vit qu’une quinzaine d’années.
 Bastet a donné neuf vies à ses favoris. Aussi restent-ils longtemps avec moi. Mais je suis serviteur de Bastet depuis bien plus longtemps encore
 Peut-être vous a-t-elle donné neuf vies à vous aussi ? dit Luke en souriant.
 Peut-être, répondit le vieil homme d’un air sérieux.
 Je croyais que le culte de Bastet avait disparu avec la domination romaine et l’arrivée de l’ère chrétienne.
 Oublié, oui. Mais pas disparu. Je suis le dernier d’une lignée de serviteurs de Bastet. Nous sommes chargés de préserver son enseignement et de le transmettre. Un jour, l’élu saura le comprendre.
 Ne me dites pas que vous avez consacré votre vie à… çà !

Luke ne s’était pas aperçu que le guide s’était assoupi et que pourtant la conversation continuait sans qu’il y eût de problèmes pour se comprendre.

Le chat continuait à fixer Luke de ses yeux verts.

La pâla lueur des bougies qui éclairaient la tente d’une vague pénombre se combinait avec La fumée entêtante du narguilé pour faire tourner la tête de Luke, un peu comme l’arrière salle enfumée d’un café mal éclairé ou l’atmosphère d’une chambre d’étudiant où l’on refaisait le monde entre amis tout en faisant tourner des pétards.

Un mouvement de Luke écarta le col de sa chemise, laissant apparaître l’amulette qu’il tenait de son grand-père. Le regard du cat se fit plus intense. Celui du vieil homme se fixa lui aussi sur l’amulette. Luke eut l’impression que les yeux de l’amulette en forme de chat devenaient eux aussi d’un vert lumineux, éclairant la tente d’une étrange lumière. Les yeux du chat devinrent eux-aussi plus lumineux et un étrange courant traversa la pièce.

 D’où tiens-tu cette amulette ?
 De mon grand-père. Il l’avait rapportée d’Egypte autrefois. Il racontait d’étranges histoires à propos de sa découverte. Mais c’était le fruit de son imagination. Ses talents de conteur étaient tels qu’ l’on aurait presque cru à ses histoires. Quand j’étais enfant, j’en étais passionné.
 Ce ne sont pas des histoires. C’est le signe de la bénédiction de Bastet.
 Allons donc !
 Moi, je n’avais rien vu. Mais dès ton entrée, Chat a reconnu quelque chose en toi.
 Mais non, c’est une réaction naturelle. J’ai toujours attiré les chats.
 Tu te trompes. Chat t’a choisi. Tu portes désormais le signe de Bastet.

Le vieil homme écarta le col de sa djellaba. Luke aperçu une marque rouge au milieu de son cou. Cette tâche rouge avait la forme d’un chat.

La tête de Luke lui tournait de plus en plus. En s’endormant, ces paroles se gravèrent dans sa tête :

 Quand le moment sera venu, tu me retrouveras au cœur de la cité des morts. Là je te transmettrai l’enseignement que Bastet m’a confié pour son élu.

Le lendemain, Luke et Farid se réveillèrent la tête lourde. Ils étaient auprès des braises mourantes de leur bivouac, sous le regard des deux chevaux.

Aucun d’eux ne parla de la soirée de la veille, croyant à un rêve. Sinon, comment avaient-ils regagné le bivouac ?

Il était temps de se lever et de se préparer à visiter la cité sacrée de Boubastis.

Près de la selle de Luke un magnifique chat d’un brun moucheté de noir fixait Luke de ses yeux verts.

Lorsque Luke sella son cheval, le chat bondit sur le garrot et se trouva une place confortable au creux des cuisses de Luke.

Luke fut étonné, mais il comprit le message : le chat avait gagné son billet d’avion pour la France.

(à suivre...)

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Re: L'héritage de Bastet (Didier Hallépée)

Message par dhallepee le Mar 14 Fév - 2:01

dhallepee a écrit:Le mau bronze, redoutable chasseur d’oiseaux dans les marais du Nil ; le mau silver qui pratiquait la sieste au soleil pour faire jouer les rais de soleil dans l’argent de son pelage ; le mau black smoke dont les marques fantômes combinent les ombres et les lumières pour se glisser invisible dans la végétation ; enfin le mau noir, fils préféré de Bastet, modèle incontesté de toutes les statuettes égyptiennes, incarnation de la pure noblesse féline.

Virna a écrit:La plus belle description des quatres couleurs du mau que j'ai jamais lue

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Re: L'héritage de Bastet (Didier Hallépée)

Message par Tuppence le Mer 22 Oct - 18:34

On commence chez les elfes, on continue chez les chats, on poursuit chez le Tzar. Mais où donc va nous emmener Didier Hallépée ?

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Re: L'héritage de Bastet (Didier Hallépée)

Message par Mimose-Marie Gontier le Mer 29 Oct - 16:01

Bonjour Didier,
Je viens de découvrir ton Monde Créatif pas loin de ce que je veux produire. J'ai été conquise en lisant la présentation de ton roman et les premiers extrais, je suis captivée et je viendrai lire tout l'ensemble avec délectation. Mon mari aussi a mordu à l'appel de Bastet et des elfes. C'est un fervent comme moi de romans d'anticipation et de fantasy. Bravo à toi. Smile Si on échangeait les PDF, ce serait géant! J'ai vu sur FB que tu cautionnais les échanges entre auteurs de notre forum. Très bonne initiative, je suis partante. Je n'oublierai la suite de tes extraits, car je suis FAN. Ton félin qui se promène sans fatigue me plait beaucoup. J'adore les félins. Very Happy Amitiés. Excellente journée
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Mimose-Marie Gontier

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Re: L'héritage de Bastet (Didier Hallépée)

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